AGAPES FRANCOPHONES 2014
L’impact du contexte socioculturel sur la réécriture de la Genèse dans le Jeu d’Adam _____________________________________________________________ 151 contempler. Elle prit de son fruit et en mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il mangea. Dans Le Jeu d’Adam , le dramaturge divise la scène en deux parties, correspondant aux deux moments de la tentation. La scène où Satan tente d’abord de convaincre Adam de manger le fruit interdit avant de s’adresser à Ève, a été ajoutée par le dramaturge. Il s’agit de ce que Genette nomme une extension , procédé qu’il définit comme étant « l’exact contraire de la réduction par suppression massive. » (364) Satan à Adam (scène 1) puis à Ève (scène 2) : Scène 1 : v. 113 Diabolus : Estas tu bien ? Adam : Ne sen rien que me noit. Diabolus : Poet estre mielz. Adam : Ne puis saver coment. Diabolus : Vols le tu saver ? Adam : Bien en iert mon talent. Diabolus : Por quei non ? Adam : Rien ne me valt. Diabolus : Il te valdra. Adam : Jo ne sai quant. Diabolus : Nel te dirrai pas en curant. Adam : Or le me di ! Diabolus : Non fra pas, Ains te verrai / del preer las. Adam : N’ai nul besoing de ço saveir. Scène 2 : v. 204 Diabolus : Eva, ça sui venuz a toi. Eva : Di moi, Sathan, or tu pur quoi ? Diabolus : Je vois querant tun pru, tun honor. Eva : Co dunge Deu ! Diabolus : N’aiez poür ! Mult a grant tens que jo ai apris Toz les conseils de paraïs. Une partie t’en dirrai. Eva : Or le comence, e jo l’orrai. Diabolus : Orras me tu ? Eva : Si frai bien. Ne te curcerai de rien. Dans la première scène de tentation, l’échange entre Diabolus et Adam ressemble à un monologue où seul Satan prend la parole. Il essaie de créer une discussion avec le premier homme qui ne répond pas à son attente. Adam refuse catégoriquement de l’écouter et de succomber à la tentation. Éve, en revanche, est très réceptive. Elle entame un vrai dialogue avec le Diable et elle est sensible à ses propositions, car, et c’est là sa force, il a réussi à attiser sa curiosité. Expression de la finesse diabolique, l’argument final du Diable pour pousser chacun des deux personnages à passer à l’acte est lui-même différent et tient compte des traits de caractère que la tradition prête à ses interlocuteurs : Scène 1 : v. 152 Et manu ostendat ei fructum vetitum dicens Ade Fors de celui qui pent en halt Co est le fruit de sapience : De tut saveir done science. Diabulus : Se tu le manjues, bon le fras. Scène 2 : v. 220 Diabolus : Tu as esté en bone escole. Jo vi Adam, mais trop est fols. Eva : Un poi est durs. Diabolus : Il serra mols. Il est plus dors que n’est emfers. Eva : Il est mult francs.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=