AGAPES FRANCOPHONES 2014

Wiem TRIKI Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, France ; Université de Sfax, Tunisie _____________________________________________________________ 152 Adam : E jo en quei ? Diabolus : Tu le verras. Ti oil serrunt sempres overt. Quanque deit estre t’iert apert, Quanque vuldras porras faire Mult le font bon vers tei atraire. Manjue le. Si fras bien, Ne crendras pois tun Deu de rien. Aienz serras puis del tut son per. Por ço le quidat veer. Creras me tu ? Guste del fruit. Adam : Noel ferai pas. Diabolus : Or oëz deduit. Nel feras ? Adam : Non. Diabolus : Ainz est mult sers. Cure nen voelt prendre de soi. Car la prenge sevals de toi ! Tu es faiblette e tendre chose, E es plus blanche que cristal, Que neif que chiet sor glace en val. Mal cuple em fist li criator. Tu es trop tendre et il trop dur. Mais neporquant tu es plus sage, En grant sens as mis tun corrage S’adressant à Adam, Satan utilise des arguments logiques, susceptibles de toucher sa raison : le fruit défendu lui permettra de régner, d’être l’égal de Dieu et d’avoir la science. Mais Adam ne succombe pas à la tentation. Sa réponse est le monosyllabe : « Non. » En revanche, quand Satan s’adresse à Ève, il la flatte en insistant sur sa beauté et sur son intelligence en des accents courtois qui font de lui le chevalier servant de la belle. Le « Tu es faiblette e tendre chose » et la comparaison « E es plus blanche que cristal » rappellent les descriptions de la beauté féminine des romans du temps. Le diable module donc ses propos selon son interlocuteur, et le dramaturge innove en écrivant ces vers de façon à répondre au mieux à l’horizon d’attente d’un auditoire, vraisemblablement habitué, à goûter les plaisirs procurés par la littérature d’inspiration laïque du XII e siècle. Par des mouvements d’extension et d’expansion, il « modifie de plusieurs façons les données de sa source sans pourtant la trahir. » (Runnalls, 24) Le Jeu d’Adam : dramatisation médiévale du texte de la Genèse Toutefois, la transformation première du texte biblique s’opère d’abord au niveau générique par le passage d’un texte narratif à un texte dramatique. C’est ce que Gérard Genette désigne par le terme transmodalisation : Par transmodalisation, j’entends donc plus modestement une transformation portant sur ce qu’on appelle, depuis Platon et Aristote, le mode de représentation d’une œuvre de fiction : narratif ou dramatique . Les transformations modales peuvent être a priori de deux sortes : intermodales (passage d’un mode à l’autre) ou intramodales (changement affectant le fonctionnement interne du mode). (396) Nous sommes bien dans le cas d’une transmodalisation intermodale qui permet « le passage du narratif au dramatique ou dramatisation » (396).

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