AGAPES FRANCOPHONES 2014
L’impact du contexte socioculturel sur la réécriture de la Genèse dans le Jeu d’Adam _____________________________________________________________ 153 Or, comme nous allons le voir, ce type de transposition est marquée, elle aussi, par l’influence du contexte socioculturel médiéval. Le Jeu d’Adam s’inscrit dans la continuité de la tradition du drame religieux. Ce dernier est la forme dramatique la plus ancienne. « C’était cette représentation figurée que le prêtre, dans l’église, donnait au peuple, des principaux faits de l’histoire religieuse. » (Julleville 1880, 2)Le drame religieux était écrit en latin, il était représenté dans l’église. Apparaît ensuite le drame semi-liturgique, précurseur du drame profane. Gustave Cohen précise : « le groupe appelé un peu arbitrairement : drame semi-liturgique […] est défini d’abord par l’emploi de notre langue, ensuite par le développement du décor hors de l’Église » (Cohen 1928, 22). Le Jeu d’Adam appartient non seulement à cette catégorie, mais il serait aussi, selon certains critiques, la seule pièce qui l’occupe, marquant dès lors un tournant dans l’histoire de notre littérature. La découverte de cette pièce a éclairci un point qui était demeuré très obscur dans l’histoire de nos origines littéraires : elle nous a montré dans un exemple sensible par quelles voies s’était accomplie la transformation qui avait attiré le drame hors de l’Église, où il devait grandir et se développer ; qui l’avait fait passer des mains du prêtre aux mains du laïc, et dépouiller la langue latine et sacrée pour parler désormais la langue vulgaire et nationale. Avant la découverte et la publication du Drame d’Adam, l’histoire de notre théâtre commençait, d’une façon tout imprévue, par cette riche efflorescence du XIII e siècle, où dans la poésie, comme dans l’architecture, tant d’œuvres puissantes et singulières ont vu le jour. (Julleville, 3) Cette pièce garde une grande partie des caractéristiques du drame religieux. Sa place dans le manuscrit 927 de Tours, son titre original, son bilinguisme et sa construction le prouvent. Le Jeu d’Adam commence au folio numéro 20 et a été conservé dans un manuscrit d’inspiration profondément religieuse. Ainsi, par exemple, le premier folio contient des drames religieux de la Résurrection, et le huitième comporte trente-six hymnes et chants divers. S’y rencontrent aussi deux textes hagiographiques de l’écrivain normand Wace : la Conception Nostre Dame (Folio 61) ou la Vie de sainte Marguerite (folio 205) . Le titre original de notre pièce donné en latin dans le manuscrit de Tours est Ordo representationis Ade . La présence du latin, dans les didascalies, et du français vernaculaire témoignent du lien très étroit entre le Jeu d’Adam et le genre du drame religieux, ce que confirme la présence d’un chœur, de leçons et de repons . En outre, cette pièce ne se réduit pas à n’être qu’une réécriture des premiers livres de la Genèse. Formée de trois volets, dont le premier seulement porte sur le récit d’Adam et Ève, elle contient aussi l’histoire d’Abel et de Caïn et s’achève sur le défilé des prophètes annonciateurs de l’avènement christique et du Salut, ainsi que sur la prophétie des Quinze signes référant à la Passion, à
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