AGAPES FRANCOPHONES 2014
Wiem TRIKI Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, France ; Université de Sfax, Tunisie _____________________________________________________________ 154 la Résurrection de Jésus et à l’Apocalypse. Cette tripartition sera maintenue dans les mystères de la fin du Moyen Âge. Si le Jeu d’Adam a conservé les caractéristiques formelles du drame religieux, il accentue aussi sa dimension didactique et moralisatrice, au cœur du jeu théâtral médiéval. Ainsi, à travers les paroles de ses personnages, le dramaturge va-t-il transmettre des messages et des conseils atemporels à son auditoire pour l’engager à vivre dans la foi et le respect des commandements de l’Église, comme le montre d’emblée, dès l’entrée dans le drame, l’injonction de Figura à Adam et Ève: Laisse le mal e si te pren al bien, v. 68 Tun seignor aime e ouec lui te tien. Por nul conseil ne gerpisez le mien : Si tu le fais, ne peccheras de rien. Dieu explique à ses créatures le chemin à suivre pour demeurer éternels et heureux dans le jardin d’Éden. Suivant le principe de la double énonciation propre à l’écriture théâtrale, ses propos ont bien sûr une dimension universelle. L’injonctif « laisse le mal e si te pren al bien » s’adresse aussi bien aux protagonistes du drame biblique qu’aux spectateurs chrétiens qui assistaient à la représentation, et l’usage du conditionnel : « por nul conseil ne gerpisez le mien:/ Si tu le fais, ne peccheras de rien », montre que l’homme est le seul responsable de ses choix, de sa destinée, de son bonheur ou malheur. Dieu l’a doté du libre arbitre : c’est à lui seul de choisir entre le Bien et le Mal, comme le rappelle Dieu à Adam : En vostre cors vus met e bien e mal : v.64 Ki ad tel dun n’est pas lïez a pal ! Tut en balance or prendiez par egal, Creez conseil : que soient vers mei leal Adam répond : Grant graces rend a ta benignité, v.72 Ki me formas et me fais tel bunté, Que bien e mal mez en ma poösté : En toi servir metrai ma volenté ! Tu es mi sires, jo sui ta creature, Tu me plasmas e jo sui ta faiture. Ma volenté ne serrad ja si dure Qu’à toi servir ne soit tote ma cure. Ce discours de morale chrétienne, tenu par Dieu, est également pris en charge par d’autres personnages qui défilent et qui se présentent comme des messagers de la loi divine. Le discours de Jérémie et d’Abel,
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