AGAPES FRANCOPHONES 2014
L’impact du contexte socioculturel sur la réécriture de la Genèse dans le Jeu d’Adam _____________________________________________________________ 155 par exemple, en témoignent. Le prophète rappelle et résume la « sainte parole » (v. 853), en une longue tirade martelés d’injonctifs : « Faites bones les vos curages/ Que vus n’en vienge nuls damages. /Vostre studie soient en bien/ De felonie n’i ait rien. » (v.861- v.866). Quant à Abel, sa conduite et ses dits sont conformes eux aussi à la loi chrétienne. Il est le seul personnage à avoir respecté les ordres de Dieu. Incarnation de l’homme pieux idéal, il résiste à Caïn, son frère ainé : « Tu es mi freres li ainez, / Jo en sivrai tes volentez » (v.673), qui le dissuade d’offrir un agneau à Dieu avant de le tuer. Sa parole est toute d’acceptation et de fidélité au Créateur : « Deu le sayra » (v. 686) « Deus m’aidera » (v.688). Ce souci de moralisation et de christianisation est au cœur de la pièce, mais le message le plus important délivré par l’auteur anonyme du drame est un message d’espoir auquel peuvent se rallier les spectateurs du temps. Aussi cette orientation engage-t-elle le dramaturge à modifier certaines données du texte biblique original. Dans la Genèse, Élohim ne parle jamais de Rédemption : l’homme et la femme ont péché, ils sont chassés du Paradis et iront en enfer après leur mort. Dans Le Jeu d’Adam, Adam et Ève sont punis mais ont l’espoir d’être sauvés. Après avoir mangé le fruit interdit, ils se lamentent et regrettent leur acte, et le premier volet de la pièce se clôt sur ces paroles d’Ève où la contrition cède la place à l’espérance : Me mien msfait, ma grant mesaventure […] v.581 Mais neporquant en Deu est ma sperance D’icest mesfait, char tot iert acordance. Deus me rendra sa grace e sa mustrance, Gieter nus voldra d’emfer par pussance. La première femme ne nie le péché ni son ampleur. C’est un « mesfait » et une « grant mesaventure ». La conjonction de coordination « mais » marque un paradoxe : malgré la faute, elle a l’espoir de se racheter grâce à l’arrivée du Christ, sauveur de l’humanité. Ève est la préfiguration de la Vierge ; le premier homme ( Adam primus ) celle de Jésus ( Adam novus ). L’histoire humaine est en continuité. Les événements du passé expliquent le présent. Dans le troisième volet de la pièce, tous les prophètes annoncent à leur tour l’arrivée du Christ et creuse, pour le couronner, le sillon rédempteur qui est au centre du drame. Il est « li filz de Deu li glorius » (v.869) qui « en terre descendra a vos » (v.870). Isaïe proclame : Prés est li tens, n’est pas lointeins v.915 Ne tarzera, ja est sor mains Que une vierge concevera Et virge un filz emfantera. Il avra non Emanhuel Message en iert saint Gabriel ;
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