AGAPES FRANCOPHONES 2014
Roxana Anca TROFIN Université Politehnica de Bucarest, Roumanie _____________________________________________________________ 160 par l’humanité à des fins non pratiques […] mais plutôt gratia sui , par amour d’eux-mêmes et qu’on lit pour le plaisir, l’élévation spirituelle, l’élargissement des connaissances, voire comme pur passe temps sans que personne nous y contraigne […] » (Eco 2002, 1-2) Pour Sartre qui posait la même question en 1948 dans l'essai ayant le même titre la littérature permet de dévoiler le monde et par là même d'amener l'homme à assumer ses responsabilités. Pour Genette l’œuvre n’est littéraire « que si elle utilise exclusivement ou essentiellement, le médium linguistique » (Genette 1991, 11) Mais il nous faut admettre que le critère d'une création exemplaire par la parole ne suffit pas pour circonscrire la littérature car le langage déborde sa fonction esthétique, il sert aussi bien à la communication ordinaire, scientifique ou religieuse, Hegel affirmait que dans la littérature l’art commence à se dissoudre s’approchant déjà de la représentation religieuse et de la prose scientifique. À la même question « Qu’est ce qui fait d’un texte oral ou écrit une œuvre d’art ? », Jakobson répondait : la fonction poétique du langage et il assignait à la poétique la littéralité pour objet (« ce qui fait d’un message verbal une œuvre d’art ») et non pas la littérature. Genette lui, se demande « À quelles conditions ou dans quelles circonstances un texte peut-il sans modification interne cesser d’être une œuvre ? » (Genette 1991, 14) La question de Jakobson relève de l’approche en vertu de laquelle il y a dans certains textes une littéralité immanente. C’est ce que Genette définit comme poétique essentialiste, poétique thématique dans la lignée d’Aristote. Pour Aristote il n’y a création par le langage que si celui-ci est véhicule de mimèsis, représentation d’histoires et de personnages exemplaires. La créativité du poète se manifeste ainsi dans l’agencement et l’invention de l’histoire et selon Genette elle relève chez Aristote de la fiction et non pas de la diction (de la forme verbale). Les genres littéraires tels qu’ils apparaissent définis pour la première fois chez Aristote se divisent en fonction de la nature du sujet et de la représentation mode narratif ou dramatique épopée sujet noble en mode narratif ; tragédie sujet noble en mode dramatique ; parodie sujet vulgaire en mode narratif, comédie sujet vulgaire en mode dramatique. La fiction a pour objectif d’entraîner le lecteur dans le plaisir esthétique. « Entrer dans la fiction c’est sortir du champ ordinaire de l’exercice du langage, marqué par les soucis de vérité ou de persuasion qui commandent les règles de la communication et la déontologie du discours. » (Genette 1991, 26-27) Discours fictif ne répondant pas aux normes de vériconditionnalité posées par Austin et Searle, le discours littéraire bien que produit par une instance fictive : le narrateur, le « Je-origine fictif » (Käte Hamburger) complètement détaché de l’auteur selon la narratologie classique répond néanmoins à l’axiome d’existence de Searle 1 . Une fois le pacte fictionnel accepté le discours de fiction a vocation ontologique instaurant un monde où sont retracés des vécus inventés, assumés par des personnages fictifs et à l’intérieur de cet univers il fonctionne comme un discours réel ainsi que l’ont montré Searle, Genette, Bonati. Comme d’une part le texte littéraire répond au plaisir esthétique et d’autre part la poétique essentialiste n’inclut que les textes « marqués du sceau générique ou plutôt archigénérique de la fictionalité et / ou de la poéticité » 1 Selon Searle tout à quoi on réfère doit exister. Et ceci est l’axiome d’existence.
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