AGAPES FRANCOPHONES 2014
Du texte vers l’hypertexte à travers le jeu parodique _____________________________________________________________ 161 laissant de côté des textes tels l’Histoire, les essais ou l’autobiographie Genette propose une autre théorie complémentaire appelée conditionnaliste. « Son principe - écrit-il- est à peu près celui-ci “Je considère comme littéraire tout texte qui provoque chez moi une satisfaction esthétique.” » (Genette 1991, 27- 28). Il établit ainsi deux régimes : le régime constitutif régi par des normes et fermé – le roman, la poésie par exemple qui font partie de droit de la littérature – et le régime conditionnel relevant de l’appréciation du lecteur 2 Le plaisir esthétique que l’œuvre provoque chez le lecteur étant selon Genette l’élément qui la distingue d’autres formes d’écriture langagière, le texte littéraire apparaît ainsi comme linguistiquement articulé, fondé sur la mimèsis, capable de conduire le récepteur vers une lecture esthétique du monde. Texte et hypertexte Le concept d’hypertexte est apparu, on le sait, dans le domaine informatique pour désigner « un média textuel contenant des liens entre divers points dans des documents. L’hypertexte permet de naviguer à l’intérieur d’un même document ou d’un document à un autre. » 3 Les données hypertextuelles peuvent se présenter sous la forme de texte, d’image, ou de son. En informatique il est à la fois un concept, un produit et un outil informatique. En littérature le concept a été consacré par Genette dans Palimpsestes pour désigner « toute relation unissant un texte B (... hypertexte) à un texte antérieur A (... hypotexte) sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle du commentaire » (Genette 1982, 11) L’hypertextualité représente ainsi une des cinq relations transtextuelles à côté de l’intertextualité, (« relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes ») de la paratextualité (« la relation que le texte entretient, dans l’ensemble formé par une œuvre littéraire, avec son paratexte : titre, sous-titre, intertitres; préfaces, postfaces, avertissements, avant-propos, etc., notes marginales, infrapaginales; [etc.] ») de la métatextualité (« la relation, dite “de commentaire”, qui unit un texte à un autre texte dont il parle, sans nécessairement le citer ») et de l’architextualité (« l’ensemble des catégories générales, ou transcendantes — types de discours, modes d’énonciation, genres littéraires, etc. — dont relève chaque texte singulier ») (Genette 1982, 10-11) L’hypertexte étant ainsi dans la définition de Genette une œuvre « proprement littéraire ». L’hypertexte multiple et stratifié se caractériserait donc par un rapport décelable de texte à texte convoquant des instances de production différentes. Où en sommes-nous avec les œuvres de Vargas Llosa Éloge de la marâtre et Les cahiers de don Rigoberto ? Dans la fiction parodique, dans le sens aristotélicien donnée au terme, dans la fiction transgressive et transformationnelle, hypertextuelle dans le sens accordé au terme par Genette. Dans les deux romans il existe bien une intrigue, relativement simple : la séduction de la marâtre par Fonchito et la destruction d’un mariage heureux entre Lucrecia et Rigoberto ( Éloge de la marâtre ), dans Les cahiers de don Rigoberto les époux séparés suite aux perverses manigances de Fonfon finissent par se réconcilier. Parodie aristotélicienne, par le caractère ordinaire du sujet, 2 . Voir Antoine Compagnon, Le démon de la théorie, Littérature et sens commun , (1998). 3 . Hypertexte, définition. URL : http://www.w3qc.org/ressources/ contributions/ hypertexte/
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