AGAPES FRANCOPHONES 2014

Roxana Anca TROFIN Université Politehnica de Bucarest, Roumanie _____________________________________________________________ 162 car l’écrivain nous fait plonger dans un univers empreint de luxure et de sexualité. Hypertexte capable d’intégrer et de fondre dans un moule nouveau toute la littérature libertine de Laclos ou de Sade. Jeu sérieux, dont la seule fin est d’éveiller le lecteur au plaisir esthétique, de rendre hommage à la liberté individuelle ainsi qu’à une littérature contestée sur le sujet. L’auteur – narrateur – personnage le déclare dans le roman 4 : Un acte grâce auquel dans l’intimité réservée des alcôves, un homme et une femme (je cite la formule orthodoxe mais, évidemment, il pourrait s’agir d’un monsieur et d’une palmipède, de deux femmes, de deux ou trois hommes, et de toutes les combinaisons imaginables à condition que la distribution ne dépasse pas le trio, ou concession maximale, les deux paires) pouvaient rivaliser pour quelques heures avec Homère, Phidias, Botticelli ou Beethoven. ( Les cahiers de Don Rigoberto , 302-303) Dans le même temps Les cahiers de don Rigoberto est un bel exemple d’exploit esthétique entraînant le lecteur à travers la narration dans un tourbillon culturel et littéraire qui, selon l’aveu de Rigoberto personnage, narrateur dédoublé et auteur dénudé fait du tout « un cocktail. Mêlant pensées, citations, blagues, jeux, réflexions personnelles et d’autrui. » (405) Dans Éloge de la marâtre formé de 14 chapitres et d’une pinacothèque qui par sa disposition même à l’intérieur du 14 e chapitre est incluse dans le matériau romanesque le texte de fiction opère une double transformation : narration de la peinture et inclusion de cette textualisation du pictural dans le texte du roman. L’action de ces sept chapitres correspond à des huiles du XVI e , XVII e et XVIII e siècle illustratives pour la Renaissance, le Baroque et le Romantisme. Vargas Llosa grand passionné et fin connaisseur de la peinture intègre ainsi dans son roman des œuvres qu’il a certes aimées mais qui datent en même temps des périodes où les arts visuels influaient sur la littérature, entre la Renaissance et le Baroque. Parodie d’un genre littéraire, l’éloge, le roman joue sur le fonctionnement de l’ironie comme catégorie narrative ainsi que nous l’avons montré dans Le renouvellement des catégories narratives classiques chez Mario Vargas Llosa (2003). Le titre reprend ainsi qu’on l’apprend vers la fin du roman, le titre d’un travail que Fonchito avait rendu à l’école, une composition sur un sujet libre dans lequel il avait traité de sa marâtre. Dans l’article intitulé « Contenido y técnica en Elogio de la madrastra » (in Hernández de López 1994) Corina Mathieu voit dans la coïncidence entre le moment où Fonchito dévoile « ingénument » à son père sa relation avec Lucrecia, la marâtre et le moment où il annonce avoir écrit un éloge à sa belle- mère la destruction de toute chance de remédiation de la situation en raison de la trahison de Fonchito. À notre sens la construction de cette scène est beaucoup plus importante car elle permet de distinguer la superposition de couches signifiantes : éloge alors qu’il s’agit d’une attitude maternelle socialement condamnable, en même temps résidu d’un éloge réel fait par le personnage symboliquement double 4 . Voir pour la triade auteur–narrateur–personnage chez Vargas Llosa Trofin Roxana Anca, Le renouvellement des catégories narratives classiques chez Mario Vargas Llosa , Ville d’Asq, Presses Universitaires du Septentrion, 2003, p. 240-249.

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