AGAPES FRANCOPHONES 2014
Du texte vers l’hypertexte à travers le jeu parodique _____________________________________________________________ 163 enfant angélique – diable séducteur, ironie du fossé entre la perception de la société et la légitimation du plaisir instauré par la littérature libertine. Aux yeux de la morale nous avons affaire à un anti éloge, aux yeux du narrateur – auteur, l’éloge (louange de qualités selon Aristote 5 ) de l’érotisme est correct. D’ailleurs entendant la nouvelle Rigorberto a la réaction suivante : « Très bien c’est un bon titre, répondit don Rigoberto.- Et presque sans y penser d’un petit rire faux, il ajouta : On dirait le titre d’un roman érotique » ( Éloge de la marâtre , 183) Fonctionnement catégoriel de l’ironie aussi par la mise en abîme ironique de l’acte créateur de fiction. En même temps la fictionalisation de la matière picturale représente une mise en abîme de la matière diégétique principale : l’histoire de Lucrecia et Rigorberto détruite par Fonchito. Les sept chapitres fonctionnent ainsi comme hypotexte au niveau symbolique du récit principal. L’hypertexte d’ Éloge de la marâtre devient ainsi transgénérique voire trans-artistique puisqu’il renferme une autre forme d’écriture du monde : la peinture. La narration transformationnelle globalisante Les changements de niveaux s’opèrent à travers les mécanismes narratifs : diégèse multiple mais convergente, narrateurs différents, focalisation plurielle. Dans Éloge de la marâtre le narrateur hétérodiégétique assume la narration principale tandis qu'un narrateur homodiégétique et intradiégétique guide le lecteur dans le décodage des tableaux évoqués précédemment par les personnages qui se transposent sciemment dans la matière picturale faisant ainsi le passage d’un niveau à l’autre. Les cahiers de Don Rigoberto est formé d’épisodes luxurieux, racontant les nuits d’amour entre Lucrecia et Rigoberto narrés par un narrateur hétéro et extra diégétique, d’épisodes retraçant les visites de Fonfon chez Lucrecia lors desquels il s’efforce en Cupidon de réconcilier son père et sa marâtre, des écrits de don Rigoberto faisant partie de ses cahiers personnels dans lesquels l’auteur – narrateur nous livre ses pensées sur l’art, la littérature, la musique ou des sujets quotidiens, et enfin des lettres écrites apparemment par Lucrecia qui s’avèrent à la fin être la création de Fonfon. Le roman met en œuvre des techniques de transformation ainsi que des transgressions narratives qui entraînent le lecteur au delà du récit dans le grand hypertexte culturel. On pourrait certes répliquer comme le faisait Genettte dans Palimpsestes que toute la littérature est un hypertexte même si l’analyse est dans ce cas difficilement réalisable, où encore le fait que l’hypertexte redevable à ses origines informatiques, est formé de parties réunies dans un tout par l’effort du lecteur. Vargas Llosa crée par Les cahiers de don Rigorberto un type nouveau d’hypertexte. Il ne s’agit plus d’une relation univoque qui unit un texte B à un texte antérieur A (l’hypotexte) et d’une opération de transformation simple (transposer l’action du texte A à une autre époque) ou transformation indirecte (ou imitation : engendrement d’un nouveau texte à partir de la constitution préalable d’un modèle générique). Il ne s’agit pas non plus d’une simple discontinuité textuelle, d’une arborescence actualisée différemment par l’acte de lecture. Dans le roman vargas llosien l’hypertexte 5 . Voir Aristote La rhétorique , chapitre IX.
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