AGAPES FRANCOPHONES 2014
Roxana Anca TROFIN Université Politehnica de Bucarest, Roumanie _____________________________________________________________ 166 jouent sur les effets visuels. Rigoberto imagine des scènes, la peinture représentation du monde est ainsi intégrée par le texte, bâti selon un schéma pictural ; Vargas Llosa le fait déjà dans Éloge de la marâtre mais il pousse encore plus loin ce procédé dans Les cahiers de don Rigoberto : l’écriture verbalise le visuel, le visuel, le sculptural et le musical investissent la parole, les arts se mélangent et s’éclairent mutuellement. Dans Éloge de la marâtre les tableaux fonctionnent comme décodeur de la diégèse par ailleurs en dessous de chaque tableau est indiqué le nom du chapitre qui lui correspond, l’auteur assumant de la sorte la construction hypertextuelle. Le tableau de Bacon Tête représente la lecture de l’épisode entre Alfonso (Fonchito, Fonfon dans Les cahiers de don Rigoberto ) et Lucrecia qui lui dévoile la séduction diabolique dont elle a été l’objet, celle-ci parvient à saisir l’espace d’un instant la double nature de Fonchito: enfantine et perverse, diabolique. Sur le chemin de Mendieta de Sysley représente le labyrinthe de l’amour renvoyant à un rituel magique de sacrifice, Lucrecia décrypte pour Rigoberto le symbolisme du tableau en s’identifiant à la victime sacrifiée sur ce qu’elle interprète comme un autel central dans le tableau. Conclusion La fiction légitime les autres formes d’écriture : picturale, sculpturale, musicale. Les œuvres deviennent des repères de réalité et de vérité au même titre que les événements historiquement vérifiables. L’écriture acquiert de la substantialité, Eco parlait à ce propos de « personnages collectivement vrais » dans ce cas c’est le vécu de la diégèse par le personnage qui devient élément de référence investi de vérité. L’acte de langage est lui aussi modifié car les textes qui sont dans la fiction mais transmettent les pensées et les convictions de l’écrivain ont bien à l’intérieur de la fiction un « Je origine » réel, le pacte est ainsi renversé la forme non fictive et l’illocution qui n’est plus feinte jaillissent à l’intérieur de la fiction. Parfois le titre même renvoie à une écriture plurielle, discontinue , c’est bien le cas pour Les c ahiers de Don Rigoberto, les cahiers pouvant recueillir des textes différents relevant de genres variés. Par ailleurs les chapitres correspondant aux écrits de don Rigoberto sont ambigus quant à leur statut narratif et diégétique. Il y en a qui sont écrits à la première personne adressés à un lecteur bien déterminé, dont le contenu est en accord avec l’intrigue du roman, d’autres adressées à un lecteur potentiel identifié par un « vous », d’autres écrits à la troisième personne par un narrateur extradiégétique mettant en scène Rigoberto en proie à ses fantasmes et enfin des textes qui appartiennent à l’auteur narrateur du premier degré. Ces derniers relèvent de la fiction mais aussi de l’essai, type d’écrit non fictif. Dans Éloge de la marâtre les tableaux complètent et augmentent l’histoire dans un processus de perméabilité trans- artistique et les références littéraires fonctionnent pour les personnages comme norme esthétique, renvoyant aux canons du genre : don Rigoberto possède une collection de livres érotiques parmi lesquels le The Nude de sir Kenneth Clark et les vingt trois tomes de la collection « Les maîtres de l’amour » dirigée et préfacée par Apollinaire, le narrateur fait aussi référence à Amadis y Oriana . L’écriture hypertextuelle décloisonne le texte. L’hypertexte vargas llosien ne relève pas seulement de la simple écriture inventive, pratiquée sur Internet ou
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