AGAPES FRANCOPHONES 2014

La réticence comme figure macrotextuelle chez Henri Thomas _____________________________________________________________ 171 Définitions générales de la réticence Pour comprendre les changements qui s’opèrent dans les récits d’Henri Thomas suite à l’emploi de la réticence et qui concernent aussi bien le niveau de la communication entre les instances de la narration et leur rapport au texte, une approche à la fois historique et transdisciplinaire de la notion de réticence nous semble incontournable. À travers le temps, la réticence a fait l’objet d’étude de différentes sciences comme la rhétorique, la linguistique générale, la pragmatique, l’analyse du discours mais aussi des disciplines non-linguistiques comme la juridique, la psychanalyse ou les arts. Dans un sens général, la réticence a comme synonyme l’hésitation , l’arrière-pensée , la circonspection , la défiance , la froideur , la méfiance , la réserve , la restriction , la dissimulation , l’opposition ou l ’omission – autant de synonymes qui surprennent à différents degrés ses caractéristiques mais qui n’arrivent pas à s’y superposer parfaitement. Cette série de synonymes donne l’image de la difficulté de circonscrire la notion de réticence, ce sont des voisins de sens qui viennent même encombrer la définition du terme au lieu de l’éclairer. Étymologiquement, le mot réticence provient du latin tacere « ne pas dire, passer sous silence » auquel se rajoute le préfixe re- qui renforce l’idée du verbe. Le terme est définit en français pour la première fois par Charles Estienne dans le Dictionarium Latino-Gallicum : « Quand on se taist d'une chose qu'on debvoit dire, réticence, ou silence. » (1553, 1158) Dès le XVII e siècle, les ouvrages où ce terme apparait mettent l’accent sur les différents aspects de la communication : le comportement du locuteur : « Attitude de refus, marque de réserve » (Crébillon fils 1751, 441) ; le résultat de l’action « pause, silence, omission volontaire » (Destutt de Troie 1807, 248-249) ; ou bien le processus discursif : « on commence à exprimer sa pensée et l’on s’arrête avant de l’avoir achevée » ( TLF 2 ). Les définitions des dictionnaires générales ( Larousse , Le Nouveau Littré , Le Robert ) convergent est la réticence y apparait comme une « omission volontaire de ce qui pourrait ou qui devrait être dit » ( Le Larousse 2011, 5142) ; « suppression ou omission volontaire d’une chose qu’on devait dire ; la chose même qu’on n’a pas dite »( Le Nouveau Littré , 2010 1532), « omission ou suppression volontaire de ce qui pourrait ou devrait être dit » ( Le Robert , 2006, 965). Elles insistent sur le fait que le locuteur passe sous silence une information dans la possession de laquelle il se trouve, en suspendant ainsi une partie de son discours. Il est intéressant de noter que toutes ces définitions emploient des verbes modaux, devoir et pouvoir - prononcer l’information tiendrait donc à la capacité du locuteur et, en même temps, consisterait un choix de sa part. Sous l’influence de deux termes proches, le français rétif (« récalcitrant, indocile ») et l’anglais reluctant , une définition secondaire apparaît au XXe siècle et la réticence est envisagée comme un comportement du sujet parlant : « Attitude de quelqu'un qui hésite à dire expressément sa pensée, à donner son 2 Trésor informatisé de la langue française [En ligne]. URL: http://atilf.atilf.fr/ dendien/scripts/tlfiv5/search.exe?43;s=952595340;cat=0;m=r%82ticence. (consulté le 20 décembre 2013).

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