AGAPES FRANCOPHONES 2014
Dana UNGUREANU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 172 accord »( Larousse 2011, 5142) , « Attitude ou témoignage de réserve, de doute, d’hésitation, dans le discours, le comportement » ( Le Robert 2006, 1965), « réserve mêlée de désapprobation » ( TLF ). Découlant du sens secondaire, l’adjectif réticent apparaît comme forme acceptée à partir de 2004 : « hésitant, récalcitrant, qui marque de la réserve » ( Le Nouveau Littré 2010, 1532). La réticence en rhétorique et en stylistique En rhétorique, l’étude de la réticence remonte à l’Antiquité grecque où elle était désignée sous le terme d’aposiopèse. Dans les traités latins, les passages qui mentionnent la réticence comme figure rhétorique sont courts et peu nombreux. On pourrait les repartir en trois ensembles : la Rhétorique à Herennius , les traités techniques de Cicéron (l’ Orator et le De Oratore ) et l’Institutio oratoire , de Quintilien. La figure n’a pas véritablement de nom et elle est désignée le plus souvent par une périphrase qui fait d’elle « un ingrédient parmi une infinité d’autres façons d’utiliser la langue. »(Valette 2004,102) Cicéron la classe parmi les figures des mots, dans De Oratore, et dans la catégorie des figures de pensée, dans Orator . Sa fonction est orationem illuminare , c’est-à-dire d’éclairer le discours, et sa réalisation peut se faire de plusieurs façons : « ou on approche des termes qui s’opposent, ou on procède par degrés en revenant chaque fois en arrière, ou les conjonctions étant supprimées on dit plusieurs choses sans les lier, ou passant une chose sous silence, nous montrons pourquoi nous le faisons, ou nous nous corrigeons nous- mêmes, comme si nous nous reprenions. » (Cicéron 2009, 135) Les procédés diffèrent en fonction de la finalité discursive, le rhéteur devant trouver les modalités les plus aptes à persuader. Pour Cicéron, il existe trois types de réticence. La première à rapport avec la personne même de l’orateur et à la façon dont celui-ci doit se représenter : elle vise à maintenir sa réputation intacte et accroître sa renommée et sa dignité. Le deuxième type est lié aux conditions d’énonciation et, dans ce cas, la réticence se rattache à une stratégie de captatio benevolentiae : elle permet la transition entre deux parties du discours de façon à souligner les détails pertinents que le public doit garder dans la mémoire et porte sur les sujets trop crédibles ou les choses trop honteuses. En troisième lieu, la réticence permet d’éviter l’effet rebond de la parole de l’accusation. Les principales formes de réalisation de la réticence sont la simple interruption du discours qui laisse s’infiltrer le doute dans l’esprit de l’auditeur, le fait d’évoquer le caractère particulièrement ignoble d’une action sans pour autant la désigner et le recours à des termes stéréotypés qui suggèrent des images blâmables ( la topique de l’invective ). Dans la Rhétorique à Herennius , la réticence fait partie d’un ensemble de figures regroupées sous le terme significatio qui ont la propriété de « signifier plus qu’elles ne disent » (IV 67) (tout comme l’hyperbole – exusperatio , l’ambiguité – ambiguum , la conséquence – consequentia et la comparaison – similitudo ). La réticence est appelée tantôt absciso , tantôt praecisio , tous les deux termes désignant en latin l’action de « couper ». Il s’agit d’une interruption brusque du discours : « il y a réticence, quand, après avoir commencé à dire quelque chose, nous nous arrêtons » (IV 67), et la définition est complétée par une réflexion sur la fonction et les effets de son emploi dont le terme-clé est
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