AGAPES FRANCOPHONES 2014

Dana UNGUREANU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 176 Concrètement, le référent y est touché soit par la suppression ou l’euphémisation qui impliquent dire moins pour signifier plus, soit par la prolifération des signifiants pour un même signifié. Cela emmène à une interrogation sur le référent lui-même : « De quoi parle le discours ? Y a-t-il un déjà-là référentiel ? Et peut-on le dire complètement ? » Le code est affecté aussi parce que la langue et son actualisation dans le discours sont mises en abîme par une stratégie qui tient de la retenue ou de la surabondance. Mais la réticence implique aussi une interrogation indirecte sur la langue elle-même, sa capacité à dire le monde, sa préexistence et de son autonomie. C’est donc une mise en crise du rapport entre le référent et le discours. Enfin, le message est affecté de la façon la plus visible, autant du point de vue de sa forme que de sa fonction. Il perd son univocité et apparaît comme une instance plurielle prise dans le langage qui implique des relations étroites avec le présupposé, le sous-entendu et l’implicite La réticence met la philosophie du langage en difficulté parce que si « le langage est l’instrument, si possible transparent, de l’échange d’information et de communication, il ne devrait pas permettre la réticence. » (Lecercle 2004, 12) Or, la réticence est justement le lieu de rencontre de la parole avec cette non- coïncidence foncière du dire. Par ce processus se met en place une « opacification » des mots : « ceux-ci cessent de ne désigner que la chose et qu’ils donnent à voir en même temps qu’ils désignent le réel, leur propre matérialité, leur « nature » de mot. » (Groupe µ 1982 ,82) Les relations de la réticence avec d’autres figures La réticence est vue comme une figure qui agit à plusieurs niveaux : microtextuelle et macrotextuelle. Elle est souvent mise en relation avec les figures du silence et, pareil à toutes ces figures, elle est définie, en général, dans sa négativité. Cela la rend difficile à saisir car, en variant les degrés d’affectation du message, elle laisse place aux contradictions et aux superpositions avec d’autres figures. Entre l’impuissance ou le refus de dire, entre omission et surabondance, entre un sens dénoté et un sens ambigu, la réticence accroît ou restreint son domaine de telle façon qu’il est difficile de la distinguer des notions voisines possédant un champ conceptuel proche. Les classifications des figures reposent d’ordinaire sur deux critères : la nature du signe linguistique (graphème, phonème, morphème, sème) et la nature de la transformation (répétition, addition ou adjonction, effacement ou suppression, déplacement ou réarrangement, remplacement ou substitution). Mais classer la réticence devient problématique dans la mesure où les définitions données ne s’accordent ni sur le niveau discursif concerné ni sur la nature du changement. Et mêmes les définitions qui la rattachent à un même niveau, le plus souvent microtextuel, ne sont pas homogènes. Ainsi, Dumarsais et Fontanier la rangent parmi les prétéritions et mettent l’accent sur l’aspect oratoire du procédé et l’opposent à l’aposiopèse par le fait que les silences réticents sont « chargées d’allusions d’autant plus pernicieuses qu’elles sont muettes » (Fontanier 1977, 136). Pour Olivier Reboul, la réticence est, par contre, un synonyme parfait de l’aposiopèse. Elle fait partie ses figures de construction de la phrase et du discours et plus précisément des figures par soustraction, tout comme

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