AGAPES FRANCOPHONES 2014
La réticence comme figure macrotextuelle chez Henri Thomas _____________________________________________________________ 177 l’asyndète, l’ellipse et le zeugme . L ’ asyndète se définit comme une figure qui « supprime les termes de liaison, soit chronologiques (avant, après) ; soit logiques ( mais , car , donc ) ; elle est à la fois expressive par l’effet de surprise : Je vins, je vis, je vainquis, et pédagogique car elle laisse à l’auditoire le soin de rétablir le lien manquant, ce qui le met dans le coup, le rend complice de l’orateur, quoi qu’il en ait. » (Reboule 1991, 133) Par le refus de dire, la réticence se distingue aussi du zeugme qui « consiste à unir deux termes sous un troisième, ce qui rend ce troisième étrange, absurde ou poétique » (Reboule 1991, 133) et de la prétérition qui peut avoir une portée épique. Michèle Aquien et Georges Moliné la placent parmi les figures microstructurales qui jouent sur l’agencement syntaxique, à côté de l’ anacoluthe et subordonnée à l’ aposiopèse. Selon eux, l’anacoluthe est « une rupture dans l’enchaînement des dépendances syntaxiques (comme un complément direct après un verbe transitif direct, ou une subordonnée sans principale) » (1996, 55) , et l’aposiopèse « une figure microstructurale qui consiste en une interruption dans la suite attendue des dépendances syntaxiques, l’enchainement de la phrase restant en quelque sorte en l’air. » (Aquien et Moliné 1996, 69) Bernard Dupriez, dans Gradus , la considère synonyme de l’aposiopèse . Il la définit comme une variation de l’ interruption : « on interrompt volontairement le fil de ses pensée » et considère qu’elle est « caractérisée par le fait que les causes de l’interruption sont personnelles et d’ordre émotif. » (1984, 64) Michel Pougeoise met l’accent sur la relation qui s’établit entre les locuteurs et la place parmi les figures de connivence, comme l’ allusion , l’ ellipse , l’ anacoluthe et la palinodie . La réticence se distingue de ces figures parce que l’ allusion est « une invitation à se référer à une idée, une personne, un objet, un énoncé, un fait, etc. que le contexte ne nomme pas explicitement – pour diverses raisons telles que la censure, la décence, un dessein ludique, un désir de connivence intellectuelle ou culturelle, etc. – mais que chaque lecteur intime (partageant les connaissances ou les affinités socioculturelles de l’auteur) sera à même de reconnaitre et d’identifier. » (Pougeoise 2001, 32) La réticence se distingue aussi de l’ ellipse qui est « le retranchement ou l’omission de l’un ou plusieurs mots nécessaires à la construction d’un syntagme, d’une phrase, d’un vers, sans que le sens en soit pour autant altéré » (Pougeoise 2001, 176). L’ellipse a pour rôle premier d’éviter au locuteur les répétitions superflues. Elle répond au principe d’économie de la langue. Le paradoxe de l’ellipse est qu’en supprimant des éléments du signifiant elle peut mettre en valeur le signifié qui lui est associé : « C’est essentiellement le contexte qui permet de saisir le sens de l’énoncé elliptique. Mais on ne peut parler d’ellipse que dans le cas où cette figure d’omission ne nuit pas à la compréhension de l’énoncé. » (Pougeoise 2001, 176) Pougeoise associe à cette même classe aussi la palinodie « un poème dans lequel l’auteur rétractait ce qu’il avait affirmé dans un poème précédent » (Pougeoise 2001, 176), et compare la réticence à la prétérition qui exprime ce qu’elle prétend ne pas vouloir dire, tandis que la réticence tait, à dessein, ce qu’elle laisse supposer. Réticence et silence Comparée au silence, la réticence apparaît aussi bien comme une figure subordonnée qu’extérieure.
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