AGAPES FRANCOPHONES 2014

La réticence comme figure macrotextuelle chez Henri Thomas _____________________________________________________________ 179 Si on envisage le silence comme un phénomène se manifestant aussi bien au niveau de la morphologie, de la syntaxe, de la sémantique et de la logique, il pourrait être considéré comme un hypéronyme, les différentes autres figures rhétoriques qui agissent par suppression représentant des hyponymes, dans le sens où elles se manifestent à des niveaux particuliers. Les notions de réticence et silence se recoupent en partie, dans la mesure où elles traduisent un affect et marquent une hésitation dans le discours. Mais le silence à un emploi beaucoup plus large et général, tandis que la réticence peut se manifester à son tour par d’autres formes que le silence. Pour ce qui est de la classification de la réticence dans une catégorie stylistique ou rhétorique, nous avons recensé qu’elle va de la figure de mots, à la figure de pensée. Par exemple, les ouvrages de rhétorique grecs anciens la considèrent une figure de pensée, Reboul la considère une figure par soustraction qui agit au niveau de la phrase, Ricalens-Pourchot et Pougeoise la définissent comme une figure de discours, Aquien et Moliné comme une figure microstructurale. À cela s’ajoutent les études de Roland Barthes et du Groupe µ qui se distingue par une approche originale de la figure. Barthes l’associe au fragment: « Le fragment ou, si l’on préfère, la réticence […] permet de retenir le sens pour mieux le laisser fuser dans des directions ouvertes. » (Barthes 1964, 18) Quant à La Rhétorique générale du Groupe µ, elle classe la réticence parmi les métalogismes : « Lorsqu’il coïncide avec une rupture du discours, le silence prend le nom de réticence. Si cette rupture n’est que provisoire, on parle plutôt de suspension. Dans les trois cas, le code n’est pas altéré, mais proprement éliminé. Certes, un regard au contexte peut parfois indiquer quelle séquence a été oblitérée, et il arrive qu’on puisse la reconstituer. Néanmoins, ces trois métaboles qui n’en font qu’une tirent souvent leur signification de l’état de faits dont elles ne veulent rien dire. Certaines réticences ont valeur d’ « etc. ». On peut voir en elles la limite de la synecdoque, quand la partie même la plus infime des sèmes est encore superflue. Mais d’autres, où la conjecture s’impose concernant la séquence supprimée, peuvent être interprétées comme un refus de procéder même à l’altération la plus énigmatique du code. Elles disqualifient le code au profit du silence. Elles refusent la métabole et, à ce titre précisément, elles sont des métaboles qui font l’économie d’un code quel qu’il soit, pour en montrer les insuffisances, l’impossibilité où l’on est d’y recourir ou encore le danger qu’il y aurait à le faire. » (Groupe µ 1982, 32) Ce traité élargit aussi le champ de la réticence en précisant que les procédés les plus fréquents que la réticence met en place sont la rupture chronologique et l’adjonction répétitive. Les récits réticents d’Henri Thomas Les définitions et les analyses des réticences citées plus haut permettent d’affirmer que la notion de réticence est à la fois ambivalente et accueillante. Elle fait appel à ce qu’il y a de retenu dans les récits, à la pudeur de se montrer en pleine lumière, à la prudente réserve des textes qui livrent leur message avec signifiant / signifié , le second clivage prend en compte le niveau des unités décomposées le mot ou inférieures au mot / la phrase ou supérieures à la phrase . Ainsi, il propose de parler de métaplasmes , métataxes , métasémèmes et métalogismes .

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