AGAPES FRANCOPHONES 2014
Daniela DINCĂ Université de Craiova, Roumanie _________________________________________________________________ 188 3.1. Le rôle du contexte Le processus de l’emprunt ne s’effectue pas au niveau de la langue, mais au niveau du discours, qui actualise l’une des acceptions de l’étymon, c’est-a-dire du mot d’origine, en fonction de plusieurs facteurs : le contexte et la situation, l’appartenance à un groupe social et l’occupation du sujet parlant, l’expérience et les intérêts du locuteur, la sphère de leur emploi, la manière d’emploi, l’applicabilité, la fréquence d’emploi (cf. Otto Ducháček 1971, 14). Il est évident que le contexte (influence intra-linguistique) figure en première position, mais il y a aussi d’autres facteurs, assez nombreux, variés et très subjectifs en fonction desquels le contenu des mots peut varier assez largement d’une personne à l’autre (la conscience linguistique du locuteur, de ses connaissances et de sa manière de voir la chose en question) et même, selon les circonstances, d’un moment à l’autre chez une seule et même personne (influence extra-linguistique). Le contexte extralinguistique favorable à la pénétration des gallicismes dans le lexique de la langue roumaine s’est manifesté depuis le XVIIIe siècle, date à partir de laquelle la société roumaine a commencé à prendre contact avec la culture française par les idées modernes et cosmopolites des Lumières. À cette époque-là, le français était présent à la cour princière où il était devenu la langue de prédilection des élites de la société (boyards, hommes politiques, écrivains, etc.). Mais c’est le XIXe siècle qui marque un tournant dans l’évolution de la langue roumaine par la pénétration massive des mots provenant uniquement du français ou dans lesquels le français reste la première langue de référence à travers la prolifération des traductions du français en roumain, l’introduction du français dans l’enseignement public, l’apparition des grandes bibliothèques avec des livres en français, etc. À tout cela s’ajoutent le snobisme et les exagérations linguistiques qui apparaissent dans le jargon des jeunes instruits et qui s’identifient avec ce qu’on peut appeler « l’emprunt par snobisme ». À part les traductions du français en roumain, qui ont eu un rôle décisif dans la modernisation du vocabulaire par l’introduction des gallicismes, beaucoup de mots français ont pénétré en roumain par voie orale, mais uniquement ceux qui se sont cristallisés dans des formes précises sont restés dans son vocabulaire. Par conséquent, pour qu’un emprunt lexical soit complètement intégré au système de la langue réceptrice, il doit parcourir, d’une manière graduelle, plusieurs types d’intégrations : phonétique, graphique, morphologique et sémantique : am o rez (< fr. amoureuse > amoreză > amorez ), apetit (< fr. appétit , lat. appetites ), a compromite (< fr. compromettre , lat. compromittere ), a depinde (< fr. dépendre , lat. dependere ), dispus (< fr. disposer , lat. disponere ), fantezie (< fr. fantaisie , cf. it. fantasia , gr. phantasia ), fotoliu (< fr. fauteuil ), grimasă (< fr. grimace ), şarmant (< fr. charmant ). 3.2. Les dictionnaires explicatifs ou de néologismes Il est ensuite unanimement reconnu que les contenus des mots tels qu’on les retrouve dans les dictionnaires sont virtuels. Après leur usage dans un contexte linguistique, les gallicismes entrent dans les dictionnaires avec une définition lexicographique reposant sur les sens discursifs définissant leurs acceptions courantes. Dans la rédaction d’un dictionnaire, les lexicographes respectent plusieurs principes dont trois sont essentiels : le caractère explicatif, historique et normatif.
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