AGAPES FRANCOPHONES 2014
Veronica-Ramona DOLEA-BOBOIU Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 194 C’est toujours par souci de clarté en ce qui concerne l’orientation scientifique de notre recherche qu’il faut mentionner un autre repère conceptuel représenté par la notion « [d’]ethos discursif » qui va nous fournir les moyens afin de réaliser l’analyse en question et que nous allons reprendre et expliciter dans la partie théorique de ce travail. Cadre théorique L’analyse s’inscrit dans la lignée de la perspective proposée par D. Maingueneau dans « Parole populaire, ethos discursif et roman » (2007), notamment en ce qui concerne sa manière d’envisager la problématique du discours du peuple, notre concept fondamental. Ainsi, pour tracer le cadre théorique de notre recherche, il n’est pas sans intérêt d’insister sur la définition de la notion de « discours populaire » dans l’acception retenue pour le présent travail. Dans ce contexte, l’approche touche également au concept d’interculturel, d’intertextuel et à celui d’interdiscours. Tout d’abord, avant de mettre en discussion la notion de « discours du peuple », nous trouvons utile pour cette démarche de reprendre ponctuellement les caractéristiques du discours telles qu’elles sont illustrées par le « Dictionnaire d’analyse du discours », coordonné par P. Charaudeau et D. Maingueneau : ayant une organisation transphrastique, le discours est orienté, représente une forme d’action, possède un caractère interactif, se trouve contextualisé, doit être pris en charge et régi par des normes et il entre en relation avec un interdiscours. De la perspective de ce travail, les traits qui suscitent notre intérêt sont liés surtout à la contextualisation, la prise en charge par le locuteur et la relation interdiscursive. Le discours est strictement attaché à un contexte, ce qui signifie « [qu’]on ne peut pas assigner un sens à un énoncé hors contexte » (Charaudeau et Maingueneau 2002, 189) et, en plus, le premier peut agir sur son contexte en le modifiant. En ce qui concerne la prise en charge, l’énonciateur peut assumer la responsabilité de ses dires ou la décliner, modaliser, thématiser ou opérer d’autres changements à son gré. Le discours acquiert un sens grâce à « un univers d’autres discours » (idem.) qu’il emploie à travers le commentaire, l’ironie, la citation, etc. : « Chaque genre de discours a sa manière de gérer la multiplicité des relations interdiscursives […] » ( idem .). De ce point de vue, nous allons analyser le fonctionnement dudit discours dans les romans des écrivaines maghrébines. L’approche théorique de la parole populaire dans la littérature est étroitement liée, comme l’expose D. Maingueneau, à l’oralité et au corps. Un autre principe est constitué par le fait que : « La parole du peuple est irreprésentable : la littérature ne peut la faire entendre que décalée, brouillée, filtrée… » (2007, 263). Cependant, c’est la littérature qui lui restitue « sa pureté imaginaire » ( idem .). Enfin, le troisième aspect est indiqué par la contrainte de l’histoire que cette parole subit par rapport aux genres et aux positionnements esthétiques des œuvres. La notion « [d’]ethos » nous permet de percevoir l’instance énonciative en tant que voix indissociable d’un corps énonçant, ancré historiquement. Afin de mieux définir le concept, D. Maingueneau affirme : « L’ethos est une construction opérée par le destinataire à partir d’indices d’ordres très divers libérés par l’énonciation : à l’oral ils sont à la fois linguistiques, paralinguistiques, gestuels, vestimentaires… Cependant, l’ethos n’est pas réservé
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=