AGAPES FRANCOPHONES 2014

Discours du peuple chez les écrivaines maghrébines sous le poids de « l’inter » : interculturel, intertextuel, interdiscours _________________________________________________________________ 195 à l’oral. » (2007, 264). Puisque tous les textes écrits sont marqués par une « vocalité » spécifique, par le « ton » de celui qui se pose en garant du discours proféré, « La prise en compte de l’ethos est d’une grande conséquence pour l’étude des textes littéraires. » (Maingueneau 1993, 82). C’est toujours D. Maingueneau qui souligne la dépendance de la parole du peuple à l’ethos : Pour rendre présente cette parole irreprésentable, le recours à l’ethos apparaît comme une solution commode, qui permet de faire percevoir (à travers le rythme, le lexique, la syntaxe…) l’énonciation d’un garant populaire sans avoir à s’astreindre à une fidélité documentaire, qui ne pourrait montrer que la localité et l’hétérogénéité d’une parlure singulière, là où il faut faire entendre le peuple. (2007, 268) Tenant compte du fait que notre analyse vise un corpus littéraire, la représentation du discours du peuple subit les contraintes du genre et du choix des écrivaines maghrébines en ce qui concerne son illustration. « L’interculturel », « l’intertextuel » et « l’interdiscours » sont tous basés sur la dimension « inter », présente sous différentes formes. L’interculturel qui nous concerne fait référence au « découpage de l’objet et de la variation interne » (Charaudeau et Maingueneau 2002, 324). La même source précise : « Parler de rencontre, situation ou communication interculturelles met l’accent sur le contact entre des individus ou groupes d’individus appartenant à des cultures différentes. » ( ibid ., 322). La problématique de l’interculturel se traduit, en ce qui nous concerne, au niveau de la rencontre des deux cultures, celle du colon et celle appartenant au milieu autochtone. D’après une remarque faite par L. Collès dans son livre « Interculturel. Des questions vives pour le temps présent », il est nécessaire, entre autres, de « ne pas étudier une culture étrangère avec les lunettes de sa propre culture » (2007, 19). On y trouve encore un repère pour notre analyse, en ce sens que, dans le discours du peuple autochtone, le regard sur la culture de l’autre n’est pas toujours débarrassé de la propre vision du monde. L’intertexte, défini d’après J.-M. Adam, consiste en « échos libres d’un (ou de plusieurs) texte(s) dans un autre texte » (1999, 85). La notion « [d’]intertextualité » a été introduite par J. Kristeva et étudiée par R. Barthes : « L’intertexte est un champ général de formules anonymes, dont l’origine est rarement repérable, de citations inconscientes ou automatiques, données sans guillemets. » (1973, cité par Charaudeau, Maingueneau 2002, 328). On n’insiste plus sur les travaux de G. Genette en la matière, mais on retient la remarque suivante : « L’usage a tendance à employer intertexte quand il s’agit de relations à des textes sources précis (citation, parodie…) et interdiscours pour des ensembles plus diffus : ainsi, on dira plutôt “La parole s’exerce dans un vaste interdiscours” » ( ibid ., 329). L’interdiscours est défini comme « jeu de renvois entre des discours qui ont eu un support textuel, mais dont on n’a pas mémorisé la configuration » (Charaudeau et Maingueneau 2002, 325). Dans une acception large, l’interdiscours fait référence aux unités discursives – du même genre ou pas – avec lesquelles il entre en contact de manière explicite ou implicite. Ainsi, l’analyste du discours doit se rapporter à l’idée suivante, citée par la même source : « Le propre de toute formation discursive est de dissimuler, dans la

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