AGAPES FRANCOPHONES 2014
Veronica-Ramona DOLEA-BOBOIU Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 196 transparence du sens qui s’y forme, […] le fait que “ça parle” toujours avant, ailleurs ou indépendamment » (Pêcheux 1975, 147). Problématique de la recherche et corpus de travail Par le présent travail, nous nous proposons, dans un premier temps, d’identifier les occurrences de ce que nous avons défini en tant que discours du peuple. Dans ce contexte, il y a quelques directions qui intéressent particulièrement notre analyse du corpus. Ainsi, nous allons essayer de répondre aux questions suivantes : du point de vue de sa réalisation dans le cadre de notre corpus, le discours du peuple est-il introduit par des expressions ou des tournures spécifiques ? Est-ce qu’il présente aussi des occurrences non- marquées de manière concrète dans le texte mais repérables grâce au contexte ? Au niveau du contenu, la voix du peuple envisage le monde du colon ou prend en charge le propre univers identitaire ? Sur le plan de l’énonciation, le discours « populaire » est-il présent au niveau non-embrayé (récit) ou embrayé (discours) ? Quant aux hypothèses, à ce point de notre travail, nous croyons que le corpus visé se montrera riche en exemples qui soutiennent notre perspective et qu’il fera la preuve de ce que D. Maingueneau appelle « une sorte de rumination intérieure de narrateur, dans la conscience duquel se mêlent plusieurs voix » (1993, 103). Tous les concepts exposés dans l’ancrage théorique, ainsi que les objectifs de recherche formulés sous l’apparence des questions, seront appliqués sur les trois romans qui forment notre corpus : C’était Tunis 1920 de Maherzia Amira-Bournaz, La Transe des insoumis de Malika Mokeddem et Ombre sultane d’Assia Djebar. Le choix de ce corpus littéraire appartenant aux écrivaines maghrébines a été dicté surtout par cette représentation du discours populaire qui, on va le voir, assure une certaine homogénéité discursive. Méthodologie de recherche La perspective d’analyse est celle de l’analyse du discours, la problématique de l’ethos suivant, comme déjà annoncé, les travaux de D. Maingueneau, une conception dont l’auteur affirme qu’elle « recouvre non seulement la dimension verbale, mais aussi l’ensemble des déterminations physiques et psychiques attachées au “garant” par les représentations collectives » (2007, 264). La construction de l’ethos revient ainsi à deux instances : le locuteur et le lecteur. Les deux collaborent pour la (re)construction du sens. Le mécanisme est simple : « l’ethos implique une manière de se mouvoir dans l’espace social, une discipline tacite du corps appréhendé à travers un comportement » ( ibid ., 265). À ce point, il permet également de dégager les trois dimensions intégrées par nous sous « l’inter » (intertexte, interdiscours, interculturel). Notre méthodologie de recherche suppose, tout d’abord, l’emploi de l’observation directe pour le repérage des occurrences qui intéressent notre approche en vue de mettre en évidence la représentation du discours du peuple. Ensuite, c’est le recours à l’analyse qualitative qui va être privilégiée au détriment de l’analyse quantitative que nous allons réaliser seulement d’une manière estimative. En nous appuyant sur les méthodes de la comparaison et de l’analyse du contenu (au sens large du terme), nous allons essayer de trouver des réponses aux questions de départ qui constituent les axes de la recherche.
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