AGAPES FRANCOPHONES 2014

Discours du peuple chez les écrivaines maghrébines sous le poids de « l’inter » : interculturel, intertextuel, interdiscours _________________________________________________________________ 197 Analyse du corpus Puisque nos textes de référence comprennent un discours littéraire « qui suppose un type de communication irréductible aux échanges linguistiques ordinaires », d’après l’affirmation de D. Maingueneau (1993, 75), notre analyse est censée déchiffrer les contextes linguistiques où le discours du peuple vient s’insérer. Modalités d’insertion de la voix du peuple Dans les romans de notre corpus 1 , la voix du peuple traduit des mentalités, des valeurs, des superstitions ou des croyances assignables au monde arabe, et se trouve introduite à l’aide de certaines expressions ou procédés au niveau énonciatif. Ainsi, nous avons choisi de citer et commenter une série d’exemples que nous considérons représentatifs : (1) Si El Mouldi 2 , était un bon mari, il ne voulait pas contrarier ma mère, et il l’aidait quand il y avait de gros travaux à faire à la maison. Ce qui était plus rare dans notre mentalité tunisienne, car aider sa femme dans les travaux domestiques était considéré comme dégradant pour un homme… (CT, 29-30) Dans ce premier exemple, c’est à l’intérieur du récit (emploi de la non- personne et de l’imparfait) que résonne la voix du peuple, étant attribuée à sa source de manière explicite (« dans notre mentalité tunisienne »), mais c’est le narrateur qui exprime l’idée à travers le français standard. (2) Les yeux étincelants, il tonitruait : “Qu’on envoie les garçons à l’école soit, mais les filles doivent rester à la maison pour être protégées du mal qui les guette au dehors”. (CT, 37) Le deuxième extrait utilise le discours direct pour mettre en évidence la manière dans laquelle on jugeait le problème de la scolarisation des filles. C’est le père qui profère les propos, mais ce n’est pas lui le véritable auteur de ce discours. On y repère la conception de toute une société, ce qui est visible par la présence du pronom « on », à laquelle le personnage adhère. On remarque la présence du verbe « devoir » ce qui confirme la valeur de précepte. (3) Cependant les coutumes et les croyances dont nous abreuvait Khalti Zanoukha ne concernaient pas seulement les fêtes religieuses, elles touchaient aussi le domaine de la santé. Lorsqu’un enfant a la rougeole, il faut le tenir au chaud, le couvrir de tissu rouge pour que l’éruption des boutons se déclare au plus vite. Toutes les personnes qui viennent le voir lui offrent des fruits secs et des dragées colorées. La maman les dépose dans une corbeille qu’elle recouvre d’un 1 Les textes de référence seront désignés à l’aide des sigles, suivis du numéro de la page : C’était Tunis 1920 (CT), Ombre sultane (OS), La transe des insoumis (TI). 2 Toutes les mises en gras ou en italique contenus par les citations appartiennent à l’auteur de l’ouvrage, ainsi que les notes infrapaginales qui expliquent la signification d’un terme.

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