AGAPES FRANCOPHONES 2014
Veronica-Ramona DOLEA-BOBOIU Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 198 foulard rouge et qu’elle place au chevet de l’enfant souffrant. Cette corbeille constitue la part des enfants des Djins qui entourent le malade, ils mangent les amandes, les noix et les noisettes et se gardent de nuire à l’enfant du moment qu’on leur a offert des friandises… (CT, 66) Sous (3) nous distinguons une possible illustration de l’affirmation de D. Maingueneau, « on peut entendre une voix sans percevoir les mots mêmes qu’elle articule » (2007, 268). Cette séquence se caractérise par l’absence de discours direct ou indirect pour introduire les dires du personnage. Sans aucune marque explicite, sauf le présent à valeur générale à la place des formes en -ait et le fait d’organiser les propos dans un paragraphe différent, le narrateur intradiégétique introduit des prescriptions et des coutumes qu’on rapporte à un personnage qui, à son tour, transmet un savoir populaire. Il s’agit d’une sorte d’emboîtement des voix discursives. On rencontre aussi un même emploi des temps verbaux (l’imparfait du récit et le présent aoristique) pour distinguer les voix du discours, dans l’exemple (4) où le syntagme « comme il se doit » est détaché par ce procédé et il traduit l’acception de la société en ce qui concerne le professeur dans les circonstances données. (4) Le maître était, comme il se doit, un vieux monsieur. Son grand âge lui permettait d’entrer dans les foyers sans compromettre la réputation des ses élèves, femmes ou jeunes filles. (CT, 157) Dans l’extrait de (5), on remarque l’occurrence du pronom indéfini « on » : « On l’ l’a alors déclaré dérouiche […] ». Il peut être rapporté soit à la famille du personnage en question, soit à la communauté du village. La mise en italiques souligne le fait que le narrateur n’assume pas cette dénomination qui est renvoyée aux non-personnes représentées par « on ». Après la prise de position du narrateur, les noms précédés par les adjectifs démonstratifs dans les syntagmes « ce marabout, ce saint » ne peuvent être interprétés qu’à travers l’ironie, procédé qui reste valable dans l’emploi du nom propre à la fin de la citation, cette fois-ci précédé par l’appellatif « Sidi » et suivi d’un point d’exclamation pour renforcer la position supérieure du discours citant par rapport au discours cité. Autrement dit, en utilisant les termes d’A. Rabatel, le narrateur se pose en surénonciateur et les membres de la communauté en sousénonciateurs, situation qui suppose un narrateur qui rapporte les paroles prononcées par les autres ( dérouiche, Sidi Ali ), en les intégrant dans son discours. Néanmoins, le narrateur les extrait de leur contexte et les emploie dans un nouveau contexte où elles représentent l’ethos populaire des gens du village. (5) L’un des fils, Ali , se comportait de manière bizarre depuis son jeune âge. Par la suite, ce dérangement mental s’était accentué ; il n’était pas fou au sens propre du terme, mais plutôt simple d’esprit. On l’a alors déclaré dérouiche 3 , doté du pouvoir d’intervenir auprès de Dieu pour satisfaire les désirs de ceux qui lui en faisaient la demande. 3 Sorte de saint qui possède des dons occultes.
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