AGAPES FRANCOPHONES 2014
Discours du peuple chez les écrivaines maghrébines sous le poids de « l’inter » : interculturel, intertextuel, interdiscours _________________________________________________________________ 199 On l’installa dans une chambre à part dont les murs furent tendus de tissue vert selon la couleur des Derviches ; on le vêtit d’une cachabia verte et les visiteurs affluèrent de toutes parts, avec leurs offrandes pour implorer ce marabout, ce saint, comme on le leur faisait croire. Ainsi, cette famille modeste put avoir un revenu consistant rien qu’en exploitant la naïveté des pauvres gens, venus consulter, Sidi Ali ! (CT, 102- 03) L’exemple suivant (6) illustre la suppression du « e » dans l’expression « entr’autres », fait qui relève de l’oral familier et qui, dans le contexte d’un narrateur qui emploie la langue standard, est supposé être un indice des dires de ceux qui proviennent « d’un milieu très modeste ». L’ethos populaire se trouve, donc, intégré à l’énonciation du narrateur. (6) La responsable du hammam, à part sa bonne présentation, devait avoir les qualités d’une bonne gérante, et entr’autres de l’autorité sur le personnel issu d’un milieu très modeste et plus ou moins discipliné. » (CT, 119) L’extrait de (7) illustre les manières de dire des personnages du peuple à travers le discours direct. On retient la syntaxe oralisée, le lexique, le suppression des « e » instables, des « r » et de la première particule de la négation (« Y a que le lit qui marche pas ») comme dans la langue parlée, mais aussi l’expression arabe « macache ». (7) D’aucuns viennent m’exposer ce corps de délit, l’impuissance, mais continuent à se refuser à toute évocation d’inhibition psychique, se rebiffent et – est-ce pour donner plus de véracité à leurs dénégations ? – s’expriment soudain en français : “Non, non, y a pas d’aute souci, macache ! La tîte va bien. Le problème, c’est la couche. Y a que le lit qui marche pas.” Quand toutes les analyses demandées se révèlent normales, ils restent longtemps hébétés à fixer l’intelligible résultat en répétant : “Que la couche, que le lit qui marche pas, rien d’aute !” (TI, 132) Comme nous pouvons le constater, le discours du peuple peut être inséré en mentionnant l’ethos populaire auquel certains dires doivent être rattachés (« dans notre mentalité tunisienne »), par l’intermédiaire du pronom « on » ou des expressions impersonnelles suggérant l’acception générale (« comme il se doit ») et par des procédés relevant de l’oralité. Rôle du contexte dans le repérage du discours du peuple À part les illustrations des dires populaires dans le cadre du récit ou du discours rapporté, nous enregistrons une situation particulière de mise en scène du discours du peuple. Cela engendre le recours à un patron discursif afin de restituer les propos tenus. Le conte, qui est présent chez Maherzia Amira- Bournaz peut être considéré comme un tel patron. Il s’agit d’un chapitre qui réunit sept histoires sous le nom « Contes de mon enfance “les sept filles Dannou” ». La conduite de l’histoire et la morale explicite peuvent être envisagées en tant que manifestations de la voix du peuple. Dans ce contexte, nous mettons en évidence la présence de l’intertextel et de l’interdiscours.
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