AGAPES FRANCOPHONES 2014

Veronica-Ramona DOLEA-BOBOIU Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 200 Celui à qui le narrateur attribue le fait de raconter ces histoires est un personnage, Khalti Hanifa, mais elles sont précédées par une introduction appartenant au premier qui précise des aspects liés à la compréhension du sens et opère le passage vers la manifestation de la voix du peuple à travers les sept contes. (8) Les filles Dannou au nombre de sept, sont devenues célèbres par leur comportement niais et leur bêtise exemplaire. Chacune croyant bien faire, provoque toujours une situation impossible et des catastrophes spectaculaires. Les voici toutes réunies se racontant leurs déboires respectifs . (CT, 77) Chacun des contes qui suivent repose soit sur une interprétation erronée de la signification d’un mot ou d’une expression familière, soit sur un comportement dépourvu de toute trace de sagesse. Pour exemplifier, nous allons nous appuyer sur un court extrait tiré de « L’histoire de la deuxième fille Dannou » : (9) À cette demande, il me répondit le plus naturellement du monde : – “Fais nous un bon couscous très assaisonné et bien épicé, pour cela ajoutes-y une flifla et une Zâfrana 4 pour corser le goût ; j’en suis sûr qu’il sera délicieux”. Stupéfaite, j’ai pu garder mon sang froid en sa présence […] Cuire mes deux petites chattes dans le couscous ! […] Il sait pourtant, à quel point j’aimais ces deux petites Flifla et Zâfrana […] (CT, 80-81) C’est toujours dans le roman de Maherzia Amira-Bournaz que nous rencontrons une autre représentation de la voix du peuple du type analysé dans ce sous-chapitre. Cette fois-ci, il s’agit d’une histoire qui s’appelle « Llara et Bellara » (56-57) et que nous associons au même patron discursif. La voix du peuple – expression de son monde ou du monde de l’Autre ? Dans les sous-chapitres précédents, nous avons cité des extraits où la voix du peuple se rapporte à l’univers identitaire autochtone, mais elle prend aussi en charge le monde de l’Autre. Dans un premier exemple (10) qui ploie sous l’interculturel, le dernier surgit à travers la comparaison du narrateur entre le comportement et les habitudes des élèves maghrébins avant un examen et ceux des Français: « Les Gaulois lisaient-ils la Fatiha avant leurs épreuves ? ». Trace de la croyance du peuple envers laquelle le narrateur-personnage manifeste une certaine réticence, la règle de lire la Fatiha pour éloigner l’angoisse qui précède l’examen représente une autre intrusion non-marquée, mais repérable, du discours du peuple. 4 Un petit poivron et un petit safran.

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