AGAPES FRANCOPHONES 2014
Monika DRÁŽĎANSKÁ Université Palacký d’Olomouc, République tchèque _____________________________________________________________ 210 et de tous les jours. Le plus grand écart se situe entre l’oral et l’écrit. En effet, le code assigné à la communication orale est le créole, tandis que pour l’expression écrite, c’est l’anglais ; qu’il s’agisse de documents officiels ou non. La langue de l’enseignement étant l’anglais à partir de la troisième année de scolarité, il devient la référence écrite et probablement aussi littéraire. 5.1. Le passage à l’écrit Graphisation Il est sûr que le créole était, dans une certaine mesure, écrit, à des occasions diverses, depuis son existence, bien qu’il soit resté langue essentiellement orale. Or, les lettrés qui l’utilisaient à l’écrit étaient des habitués de la graphie française. Puisque le créole vient du français, il n’était pas compliqué de le noter, tout en se servant de l’orthographe étymologisante du français. Les créoles de l’Océan indien attiraient l’attention des chercheurs dès les années 1960. Les partisans étaient notamment Robert Chaudenson (dont la spécialisation est le créole réunionnais) et Annegret Bolée qui s’intéressait en particulier au créole des Seychelles. À partir des années 1970, les chercheurs créolistes se sont penchés sur la problématique de la « graphiation » Chaudenson réserve ce terme pour tout ce qui concerne les choix qui se situent en amont des propositions techniques pour lesquelles il suggère d’user du mot « graphisation ». La « graphiation » est de l’ordre du « Pour quoi écrire la langue ? » tandis que la « graphisation » est de l’ordre du « Comment écrire la langue ? ». (Canova 2006, 60) Le choix opéré à l’indépendance est d’adopter l’orthographe phonémique qui distinguera clairement le créole du français et qui respectera les spécificités phonétiques du créole par rapport au français. À partir de 1981, les cours en créole et le créole en tant que matière sont mis en application. Durant les décennies suivantes, plusieurs propositions et réalisations de réaménagement d’orthographe ont eu lieu, ce qui a rendu désuets les textes préalablement produits. Lenstiti créole, en effet, ne cesse de travailler sur la standardisation de l’orthographe (Canova 2006, 69). 5.2. Politique linguistique D’où vient l’idée de doter un créole de l’orthographe ? Et pour quelle raison, si le système graphique en usage (dans ce cas, l’anglais) est fonctionnel, d’autant plus qu’il n’y a pas de demande considérable, le passage du créole à l’écrit étant jugé inutile, voire impossible ? Richer confirme cela en 1999 : Tout se passe comme si le créole dans l’enseignement était en sursis, comme en témoigne ce titre relevé dans un quotidien de l’opposition : Kreol is no longer king (Independent, 2 mars 1995) . Tout se passe comme si son maintien ne dépendait que du politique qui semble lui-même partagé sur cette question […]. (13) En outre, l’incohérence dans les avis sur l’emploi du créole dans les écoles ne s’est pas estompée au fil des années. Le résultat partiel de notre enquête prouve qu’en 2013 les avis sont encore considérablement partagés (cf.
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