AGAPES FRANCOPHONES 2014
Mireille RUPPLI Université de Reims Champagne Ardenne, CIRLEP, France _________________________________________________________________ 258 vingt-et-un contes du recueil ont été écrits dans un temps relativement court (entre avril 1882 et juillet 1884) et tous d’abord publiés en journal ( Le Gaulois , Gil Blas ) ; ils sont recueillis sous un titre original, visant « l’expression d’une poésie supérieure du clair-obscur », entre banalité et insolite, dans des « récits où le mystère côtoie le réel le plus anodin » (Bismuth 1977, 17). Les deux contes que nous avons choisis pour notre étude, « Adieu » et « Souvenir », sont l’antépénultième et le pénultième conte de l’ouvrage. Ceux-ci ont été publiés dans le journal Gil Blas , en 1884, à deux mois d’intervalle, les 18 mars et 20 mai, sous la plume de Maufrigneuse ; ce pseudonyme de l’auteur, qui collaborait alors aussi au Gaulois , fait référence à Diane de Maufrigneuse, un personnage des Illusions perdues de Balzac, dans une autre forme de Comédie humaine , pourrait-on dire, que les contes et chroniques maupassantiens. Ces contes partagent en outre une même thématique : le temps qui passe et la vieillesse, des souvenirs d’il y a douze ans, des amours de jeunesse, un narrateur à présent devenu vieux — mais dont l’un n’a qu’un peu plus de quarante-cinq ans quand l’autre n’en a encore que trente-sept — qui raconte son « aventure » à son ami, Henri Simon, ou à ses amis. 1.1. Le journal, premier contexte de publication Si ces deux contes peuvent faire écho à d’autres contes du recueil Contes du jour et de la nuit — ce tout éditorial donnant, du fait de l’ensemble, un surcroît de sens, de nouvelles résonances —, on rappellera que leur publication à la une du Gil Blas 1 les met d’abord sur le même plan éditorial que les articles purement journalistiques. Ainsi, « Adieu » se situe juste après le « sommaire » et précède les « Nouvelles et échos » et les « Nouvelles à la main », qui forment un ensemble d’échos mondains, culturels et politiques — dont les annonces de mariage, les soirées, la crise monétaire, telle ou telle conférence, ou encore des informations politiques —, avant un retour à la fiction, avec une nouvelle, « Le bon vin » de Joseph Montet. Quant à « Souvenir » —commençant aussi à la une mais se terminant en deuxième page —, ce conte succède à l’annonce d’une « Nouvelle prime offerte aux lecteurs du Gil Blas : le Livre des parfums », au « sommaire », et à la rubrique « Contes mélancoliques », présentant une nouvelle de Catulle Mendès ; il est suivi, là encore, des quelques « potins mondains » rapportés par les « Nouvelles et échos » et les « Nouvelles à la main ». Autre résonance alors des contes, dans ce contexte journalistique, où il n’y a ni indication ni distinction générique et où, par conséquent, la fiction côtoie les informations les plus diverses du moment ; ce qui permet d’actualiser mieux encore le côté « chroniques » ou « réfraction socioculturelle » de ces contes, pour le lectorat bourgeois et cultivé du journal : pensons ici à l’évocation de Paris et de ses environs, ou encore d’Étretat ; mais aussi aux personnages d’employés, tel le narrateur de « Souvenir », ou de petits commerçants, comme les « gantiers 1 Gil Blas était un quotidien, publiant échos mondains et littérature érotique. « Il avait pris une spécialité de chroniques légères qui lui donnait tout un public spécial, j’entends, si l’on veut, le grand public, les hommes et surtout les dames qui ne détestent pas les aimables polissonneries », écrivait Zola (1880, 218). La devise du journal était la suivante : « Amuser les gens qui passent, leur plaire aujourd’hui et recommencer le lendemain ».
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