AGAPES FRANCOPHONES 2014

Le « faire vrai » de Maupassant dans « Adieu » et « Souvenir » _________________________________________________________________ 259 rue Saint-Lazare » du même conte. Rappelons d’ailleurs, à ce propos, qu’une semaine après « Adieu » paraissait, le 25 mars, dans Gil Blas, sous la même signature, la chronique sur « Les boulevards ». Quant à « Souvenir », on peut y voir l’écho d’une chronique plus ancienne intitulée « Étretat », parue en août 1880 dans Le Gaulois. Ce premier contexte de publication favorisait assurément la perméabilité entre écriture journalistique et narration fictionnelle. 1.2. La question de la « composition » — de la composition à l’effet, ou le « faire vrai » La publication en quotidien est, en outre, source d’une même contrainte éditoriale : la longueur du texte était comprise entre 2000 et 3000 mots ; « Adieu » en comporte 1591 et « Souvenir », 2204. Cette nécessaire brièveté conditionne la forme même du conte, qui ne retient que l’essentiel et dont l’ensemble est « tendu » vers la pointe ou l’effet final. Ainsi, dans « Souvenir », après un dernier paragraphe lourd d’allusions, soutenues par des points de suspension, la phrase finale : « Ce fut mon premier adultère » vient clore le conte, tel un « couperet » ; ou encore, dans « Adieu », le narrateur qui se plaît à penser, une dernière fois, à sa jeunesse désormais lointaine, rompt le charme de la mémoire par ces derniers mots : « Maintenant j’étais vieux. Adieu ». La question, pour Maupassant, est, d’abord, de structure, soit de « composition », telle qu’il la définit alors chez Flaubert, en la reliant précisément à « l’effet » à produire : Par composition , il [Flaubert] entendait ce travail acharné qui consiste à exprimer l’essence seule des actions qui se succèdent dans une existence, à choisir uniquement les traits caractéristiques et à les grouper, à les combiner de telle sorte qu’ils concourent de la façon la plus parfaite à l’effet qu’on voulait obtenir , mais non pas à un enseignement quelconque. (1884, 67 ; c’est moi qui souligne) Notion de composition à laquelle il revient en 1888, dans « Le Roman », préface de Pierre et Jean. Celle-ci permet de donner du « relief », dans l’œuvre, aux actions, aux événements saillants et signifiants de la vie — ce qui est d’autant plus nécessaire dans les contes qu’ils sont soumis à la contrainte, forte, de brièveté — pour atteindre une forme de « vérité » : La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L’art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition , les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu’on veut montrer . (1888, 17 ; c’est moi qui souligne). Il s’agit donc de « faire vrai », poursuit Maupassant, ce qui « consiste à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. » Et cette

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