AGAPES FRANCOPHONES 2014

Le « faire vrai » de Maupassant dans « Adieu » et « Souvenir » _________________________________________________________________ 263 d’amour si banales et si délicieuses ? J’en veux dire une de ces aventures. » (S, 223) 2.3. Cadre narratif, personnages et lieux communs Tous ces discours s’inscrivent dans un cadre narratif qui, lui aussi, confine au lieu commun ; et qui est l’occasion pour Maupassant de quelques tableaux faisant écho à certaines de ses chroniques, comme « Étretat » et « Les Boulevards » : dans ces deux contes, il est question de Paris au printemps, ses boulevards, son atmosphère gaie et riante, de la Seine et du bateau pour Saint- Cloud, des forêts alentour, lieu de promenades des Parisiens en week-end, et d’ Étretat, avec ses falaises et sa plage. L’ « ouverture » — cette « fenêtre » narrative que j’évoquais — est même créée, dans le récit, par le point de vue des personnages, regardant, précisément, par la fenêtre du café : « De la fenêtre du café ils voyaient le boulevard couvert de monde. Ils sentaient passer ces souffles tièdes qui courent dans Paris par les douces nuits d’été, et font lever la tête aux passants et donnent envie de partir, d’aller là-bas, on ne sait où […]. » (A, 215) La description des falaises et de la baignade, à Étretat, est introduite, quant à elle, par cette transition nominale : « Rien de gentil comme cette plage, à l’heure des bains », qui amorce le décrochement temporel et énonciatif d’un long paragraphe au présent (décrivant aussi la baignade des femmes, sous le regard d’un on général, assurément masculin), dont on citera ici le début : « Elle est petite, arrondie en fer à cheval, encadrée par ces hautes falaises blanches percées de ces trous singuliers qu ’on nomme les Portes, l’une énorme, allongeant dans la mer sa jambe de géante, l’autre en face, accroupie et ronde. » (A, 216) ; où la métaphore, jouant sur les registres, permet l’animation du paysage, dans l’évocation de la force d’un animal (« sa jambe de géante », « accroupie »), présent d’abord dans la lexie « fer à cheval », remotivée donc par cette image qui donne une atmosphère étrange voire fantastique à ces falaises. Par ailleurs, le narrateur de « Souvenir » évoque le plaisir du printemps et de la promenade en ces termes : « Et je me mis à marcher lentement, sous les feuilles nouvelles, buvant cet air savoureux que parfument les bourgeons et les sèves. » (S, 225) Dans ces quelques citations, nous avons signalé par les italiques la présence d’une même structure : « ce N qui + proposition relative » (PSR, au présent), qui chaque fois permet une « ouverture » de la narration sur un cadre plus général. Sous sa forme complète, un de ces N qui — Maupassant évoque, par exemple, dans « Histoire vraie » : « un de ces vents qui tuent les dernières feuilles »—, cette structure, très fréquente chez Balzac et Maupassant (Viprey 2006, 185), est caractéristique de la prose dite « réaliste » ; ce « stylème dix- neuviémiste » (Bordas 2001), qui se présente ici à son stade réduit ce/ces N qui , soutient ou opère le passage d’une représentation particularisante, celle du récit, à un savoir communément partagé. Le déterminant démonstratif pointe un référent, que la PSR au présent générique relie à l’ensemble d’une classe — mettant en jeu une « exophore mémorielle », c’est-à-dire une expression qui « fait référence à un objet extradiscursif […] présent seulement à la mémoire du locuteur et, éventuellement, de l’allocutaire » (Fraser & Joly 1979, 109), pouvant donc référer à un univers présupposé connu du lecteur. Le présent atemporel soutient ce décrochement énonciatif — ou cette « sortie du cadre », cette « insertion

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