AGAPES FRANCOPHONES 2014
Mireille RUPPLI Université de Reims Champagne Ardenne, CIRLEP, France _________________________________________________________________ 264 interdiscursive » (Viprey 2006, 172) — du moment du récit (à l’imparfait et passé simple) aux connaissances passées du locuteur. Une telle structure relie ainsi l’univers du récit à l’évidence connue ; elle constitue, par là même, « un “effet de réel” énonciatif, travaillant à cette sollicitation de “l’illusion référentielle”, sans laquelle il n’est pas de monde construit en paroles. » (Bordas 2001, 38) Les personnages, de même, sont les représentants d’une classe connue des lecteurs (quand précision est donnée à ce sujet). À ce propos, l’incipit des deux contes est remarquable. « Adieu » commence ainsi : « Les deux amis achevaient de dîner ». Par ce déterminant défini (à valeur de « notoriété », actualisant un référent supposé connu), les personnages sont présentés dans la relation qui motivera le récit de l’un d’eux ; ils ne sont en rien individualisés ; ce qui permet aussitôt l’ouverture de la narration sur une description de Paris et de ses « douces nuits d’été », au présent à valeur générale. De même, le je narrateur de « Souvenir » est-il d’abord presque effacé (forme m’ complément) : « Comme il m’en vient des souvenirs de jeunesse, sous la douce caresse du premier soleil ! »(S, 223), avant de formuler quelques banalités ( cf. supra , 6-7). Et l’adresse aux « vieux amis, mes frères » permet ensuite d’actualiser cette relation privilégiée de communication (écho de la relation entre l’auteur et le lecteur) qui motive le récit proprement dit. Autre précision, éventuelle : leur classe sociale. Dans « Adieu », on ne sait rien des deux amis, sinon leur nom, et leur âge. La jeune femme, à Étretat, n’est pas nommée ; c’est alors sa beauté et sa jeunesse qui emportent l’émotion du narrateur ; elle est, par ailleurs, située dans un scénario commun de vie : « elle était mariée mais l’époux venait tous les samedis pour repartir les lundis » (A, 217) ; elle ne se nomme (Julie Lefèvre) que dans la rencontre douze ans plus tard, quand elle est devenue « une grosse dame », une « mère poule » « avec une face de pleine lune », « une bonne mère » affublée de quatre filles. Quant à « Souvenir », ce conte ne présente que des personnages anonymes : le narrateur était « employé dans un ministère » et avait vingt-cinq ans au moment de l’aventure qu’il raconte ; et les « petits bourgeois parisiens » qu’il rencontre alors sont « gantiers rue Saint-Lazare ». Chaque personnage est ainsi, avant tout, un type , représentant d’une classe sociale, d’un milieu (et ne valant, d’abord, que par ce lien-là) voire d’une qualité (la beauté et la jeunesse, par exemple, pour la femme, dans « Adieu ») et se livrant aux occupations habituelles du parisien en week-end (les dimanches à Saint-Cloud ou les week-ends à Étretat), donc supposées connues des lecteurs. Ici aussi, comme pour le cadre narratif, c’est encore la structure « ce N qui + PSR » qui permet de classer les personnages dans des catégories ; ainsi en est-il du narrateur je de « Souvenir », qui se situe précisément, par cette structure, dans la classe sociale des « employés » : « Je m’éveillai tôt, ce matin- là, avec cette sensation de liberté que connaissent si bien les employés , cette sensation de délivrance, de repos, de tranquillité, d’indépendance. » (S, 223- 224), puis dans celle des Parisiens (en week-end) : « Je descendis. Et je suivis à pas pressés, à travers la petite ville, la route qui gagne les bois. J’avais emporté une carte des environs de Paris pour ne point me perdre dans les chemins qui traversent en tous sens ces petites forêts où se promènent les Parisiens . » (S, 225)
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