AGAPES FRANCOPHONES 2014
Carmen-Ștefania STOEAN Académie d’Études Économiques de Bucarest, Roumanie _________________________________________________________________ 272 situation qu’il est appelé évaluer. C’est pourquoi il ne peut pas préciser l’objet de la réunion et parle d’«un malaise flou et indéfinissable» mais dangereux qui exige d’être résolu: «il faut laver notre linge sale en famille.» Cependant, cette méconnaissance ne l’empêche pas d’avoir déjà un point de vue ni, au lieu de considérer les participants comme des témoins susceptibles d’apporter des éclaircissements sur la situation, de les accuser d’en être «collectivement responsables» et de les menacer avec les «mesures appropriées» que la Direction prendra sur la base de son rapport. Cette attitude exerce une pression négative sur les participants et explique pourquoi l’interview à laquelle il veut les soumettre est perçue plutôt comme un interrogatoire. Du côté des participants, le fait d’ignorer l’objet de la réunion et la réduction de sa durée les mettent dans une attente méfiante alors que les accusations et les menaces, au lieu de les déterminer à parler pour se défendre,les bloquent définitivement. En dépit des erreurs commises, l’Animateur essaie d’être poli, peut-être pour obtenir la coopération des participants. Il les remercie de leur présence, apprécie leurs qualités individuelles. Dans sa présentation, il utilise des atténuateurs : (qui) semble régner, je crois préférable, je souhaite et même un notre collectif qui pourrait laisser comprendre qu’il assume les problèmes du groupe et qu’il est prêt à contribuer à leur résolution. Mais, au lieu de parler en sa qualité de représentant de la Direction, l’Animateur agit en locuteur individuel exprimant ses propres opinions. Il ne respecte pas la neutralité exigée de l’Animateur dans ce genre de réunion et s’exprime sur le fond du problème, irritant ainsi les participants qui interprètent cette conduite comme une menace envers leurs faces collectives. 3.3. La négociation principale 7 Placée au début de l’interaction, au moment où les participants doivent se mettre d’accord sur le déroulement à suivre (Kerbrat-Orecchioni 2005, 99),cette première négociation se réalise par les interventions I 1 -I 2 -I 3 . L’I 1 représente l’état initial de la négociation:l’Animateur fait une proposition de script susceptible d’ouvrir des négociations sur plusieurs aspects de la réunion,déjà mentionnés. Par rapport à l’I1, l’I2 représente le rejet de la proposition , deuxième étape de la négociation. La complexité de la proposition et la relation déjà établie entre l’Animateur et les participants rendent difficile l’identification de l’objet de négociation rejeté. En effet, les participants pourraient rejeter: a) le statut d’animateur du Chef du personnel qui, par ses accusations et menaces «paralyse les confidences et détermine le groupe à se solidariser contre lui.» (Mucchielli 1992, 53); b) le thème de la réunion ou bien parce qu’il n’a pas été clairement identifié ou bien parce que le «malaise» ne concerne que les membres du Service de comptabilité; c) le cadre participatif . Les employés subordonnés considèrent que c’est l’obligation des cadres de parler alors que ces derniers pourraient penser que cette obligation revient au Chef du Service de comptabilité, leur leader à tous. 7 Nous suivons de près le modèle d’analyse proposé par Kerbrat-Orecchioni (2005, 92-186)
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