AGAPES FRANCOPHONES 2014

Les « discours-en-interaction » de la communication professionnelle : rituels interactionnels et système de politesse _________________________________________________________________ 273 Cette intervention réactive confirme que «le destinataire ( les participants ,n.n.) est en mesure d’influencer et d’infléchir le comportement du locuteur( l’Animateur, n.n.) de manière imprévisible alors même qu’il est engagé dans la construction de son discours.»(Kerbrat-Orecchioni 2005, 17) Le silence prolongé avertit sur l’existence d’un désaccord que l’Animateur essaie de résoudre par une nouvelle proposition concernant l’alternance des tours de parole et le thème: «Nous allons demander à l’un d’entre vous de faire une description de la situation.» L’I 3 confirme ainsi que lors d’une interaction les locuteurs «sont contraints en permanence de réorienter en cours de route l’évènement programmé afin de le rendre mieux adapté à la situation réelle créée de façon contingente et largement imprévisible par le comportement de leurs partenaires.» (20) Sous cette perspective, les deux objets de négociation et l’emploi du nous d’appartenance représenteraient les «mécanismes d’ajustement» (96) du discours de l’Animateur aux exigences (supposées) de l’interlocuteur auquel on demande de s’impliquer dans l’(auto)désignation d’un locuteur qui présente la situation. 3.4. Les négociations secondaires Le rejet de la nouvelle proposition par l’ I 4 marque «la cristallisation du désaccord». (Kerbrat-Orecchioni 2005, 98) C’est en ce moment qu’une négociation secondaire commence entre les salariés et le Chef du Service de comptabilité, vers lequel se dirigent les regards des participants pour le désigner comme seul interlocuteur adressé et l’inviter à prendre la parole ( I 5 ). Le silence du Chef de service, dans l’ I 6 , exprime son refus et marque l’échec et la fin de la première négociation secondaire et, apparemment, de la principale aussi car ce refus s’adresse aux salariés et à l’Animateur en égale mesure. L’échec des deux négociations aurait pu mettre fin à la réunion sans l’intervention d’un cadre, C 1 qui s’autosélectionne comme interlocuteur et demande la parole. L’I 7 a une importance capitale dans l’économie de l’échange et de la réunion, à plusieurs égards: elle interrompt une négociation vouée à l’échec et sauve, par cela, la réunion; tire l’Animateur de l’embarras où il se trouve et l’aide à faire avancer la RIA au-delà de la séquence d’ouverture; libère les participants de l’obligation de prendre la parole et met entre parenthèses les négociations précédentes en enchainant directement sur l’I 1 par rapport à laquelle elle a la force d’une contre- proposition. La question adressée à l’Animateur permettra, par la suite, la précision du thème de la réunion- les rapports dans le travail - et son identification comme l’objet négociable rejeté par les participants. Dans le même temps, C 1 propose comme objet négociable ce même thème mais avec une autre orientation argumentative : ce ne sont plus les participants qui doivent expliquer leurs rapports avec les collègues de service, c’est la Direction qui doit justifier ses inquiétudes à cet égard. Dès que C 1 propose «ses services pour tenter de sauver l’interaction en cours» (Kerbrat-Orechioni 2005, 94), le cadre participatif de la réunion se modifie: le participant-interviewé devient intervieweur alors que l’Animateur- intervieweur deviendra participant-interviewé. Bien que l’animateur d’une RIA ne doive pas se laisser interviewer, le désir du Chef du personnel de mener à bonne fin cette réunion le fait répondre à la question adressée et ratifier , par l’I 8 , la contre-proposition. L’I 8 est tout aussi importante que l’I 7 . Elle représente l’état final : l’acceptation de la contre-proposition tranforme la négociation dans un

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=