AGAPES FRANCOPHONES 2014
Maria-Mădălina URZICĂ POIANĂ Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 278 La perspective discursive qui est la nôtre inscrit le stéréotype dans la direction de R. Amossy, d’A. Herschberg-Pierrot, de M. A. Paveau; d’autant plus, V. Traverso 2 (1993, 111) traite les expressions stéréotypées comme des routines de la conversation, en analysant seulement les compliments et les commentaires de site, deux actes rituels qui sont toujours présents dans la conversation des personnages (1993, 112). Les deux sont des structures formelles, relativement figées. Le compliment est défini comme «la routine de courtoisie la plus spécifique, puisqu’il consiste à dire littéralement a son interlocuteur qu’on l’apprécie (lui ou l’un de ses attributs)» (idem, 112) tandis que le commentaire de site est «une intervention mentionnant un élément de site» (idem, 112). Des deux actes rituels, notre analyse se focalise sur le compliment. La perspective de recherche envisage l’analyse de discours, les formes figées étudiées dans la perspective de l’analyse de discours et l’étude des formes dialogales du genre romanesque. On retient le fait que la communication romanesque est basée sur un dialogisme permanent, dans le sens de M. Bakhtine, souligné par Maguy Sillam de la manière suivante : « les personnages communiquent entre eux, mais, en même temps, leur discours s’adresse au lecteur et surtout, c’est le romancier, énonciateur unique, qui décide des paroles échangées, ce qui supprime l’imprévisibilité de l’oral authentique » (1992, 47). La question est alors si les stéréotypes peuvent être associés aux routines, aux rituels (Goffman, 1974), en vertu de leur caractère récurrent, comment ils peuvent être classifiés et si on peut trouver des exemples pour les illustrer en interrogeant un corpus contenant les ouvrages auctoriaux de Panait Istrati ( Kyra Kyralina. Chira Chiralina; La Maison Thüringer. Casa Thüringer; Oncle Anghel. Moş Anghel ). Notre motivation pour choisir un corpus formé surtout par des écrits auto-traduits de Panait Istrati est basée sur l’intuition que ce type d’écrivains généralement nommés « d’entre deux langues » 3 sont plus réceptifs aux formes de figements, et, comme c’est le cas de Panaït Istrati (un « conteur-né » selon l’appréciation faite par Romain Rolland en 1924), aptes à laisser des traces de leur discours oral dans la forme écrite de l’œuvre. Nous nous sommes également inspirée d’une constatation de C. Condei qui insiste sur l’existence : « des séquences dialoguées insérées dans les récits d’un écrivain classé comme conteur par la critique littéraire qui a analysé son œuvre en utilisant exclusivement les outils de la littérature» (2010, 339). Ainsi, Romain Rolland, celui qui écrit la préface du volume de début d’Istrati, Kyra-Kyralina (1924) souligne-t-il le fait que l’auteur n’est pas seulement «un conteur d’Orient, qui s’enchante et s’émeut de ses propres récits», mais aussi «un nouveau Gorki des pays balkaniques». La perspective que nous proposons est faiblement contrastive, puisque la visée principale n’est pas de comparer deux textes en langues différentes, mais de constater le fonctionnement du préconstruit à un certain niveau, celui du dialogue romanesque, en soulignant les différences d’approche et de style qui surviennent parfois dans les deux langues. Nous nous demandons, sur un autre 2 Dans l’article « Les routines: lieux communs de la conversation » in Plantin (dir.), 1993. 3 Cette dénomination est justifiée par le fait que la plupart des écrivains étrangers d’expression française pratiquent la langue d’adoption en même temps que la première langue.
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