AGAPES FRANCOPHONES 2014
Formules stéréotypées: quelques lieux communs conversationnels dans les dialogues romanesques _____________________________________________________________ 279 plan, si les œuvres des écrivains étrangers d’expression française contiennent de telles formes stéréotypées et, s’il y en a, quelles sont ces formes préconstruites et quelle est leur insertion discursive. Sur le corpus mentionné nous étudions les situations précisées plus haut: le compliment et encore quelques formules récurrentes (des stéréotypes et des clichés conversationnels). Une remarque est à faire dès le début: ce corpus est constitué par le discours narratif, mais nous traiterons seulement des dialogues des personnages, autrement dit, les dialogues romanesques. Il nous faut préciser d’emblée la spécificité du dialogue romanesque. R. Barthes et alii (1979) nous guident pour établir le lien entre la littérature et l’analyse des conversations: La littérature, en tout cas celle du passé, est une mathésis : elle prend en charge et met en scène (ne serait-ce que par touches, allusions, références), non la science, mais des savoirs; étant elle-même une pratique de langage du plus haut niveau (ce qu’on appelle : écriture), elle donne un privilège constant à toutes les conduites humaines qui passent par le langage; l’une de ses fonctions est de reproduire exemplairement des modes, des inflexions de discours. (Barthes at alii, 1979, 4) Tout simplement la fonction de reproduire peut être associé au terme de préconstruit, au déjà dit, au déjà connu, en s’approchant ainsi de la sphère des prédiscours. Mais R. Barthes continue sa réflexion en insistant sur le fait que la conversation se détache dans une certaine mesure de la typologie et du caractère structurel : Et puis, dans la mesure où la conversation (on l’a dit) est une activité sociale qui “fuse” hors d’une typologie et s’échappe sans cesse de la capture structurale, la littérature prend ici naturellement la relève de la sémiologie: par exemple, limitée par la “décence” de sa terminologie, une science n’oserait pas retenir dans son filet quelque chose comme le “potin”; la littérature le fait et donne ainsi une légitimité théorique à un épisode essentiel de la vie relationnelle. ( Idem , 5) Nous avançons dans la direction de C. Condei (2010, 340) qui observe le fait suivant: « Une opposition nette, du point de vue structurel, situe les dialogues authentiques et les dialogues romanesques dans deux zones bien détachées, fréquentées à tour de rôle par les linguistes qui remarquent les transformations opérées dans le passage de l’une vers l’autre ». Notre analyse se concentrera quasiment sur les dialogues romanesques pour découper les phénomènes de figement, les formes de préconstruit qui en relèvent afin d’envisager leurs fonctions dans le discours. 1. Phénomènes de figement et prédiscours Les phénomènes de figement, considérés aussi des automatismes langagiers ont une variété de dénominations, chacune spécifique à une certaine période ou à un certain linguiste: M. A. Paveau (2006, 38-39) énumère les termes suivants: phrases toutes faites, expressions toutes faites (identifiées par la linguistique populaire), mot composé, expression, locution (dont la grammaire traditionnelle parle), cliché, poncif, lieu commun, idée reçue,
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