AGAPES FRANCOPHONES 2014
Maria-Mădălina URZICĂ POIANĂ Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 280 stéréotype (termes alignés dans l’ouvrage de R. Amossy et A. Herschberg-Pierrot 1997, mais aussi dans le titre de C. Plantin 1993). M. A. Paveau continue sa liste avec d’autres notions qui se rattachent au même domaine: expression figée, polylexicalité (termes avancés par Gross 1996), énoncé parémique, locution (retravaillé par Martins-Baltar 1997) , stéréotype linguistique (terme de C. Schapira 1999, qui en propose une typologie), pour aboutir aux résultats de l’analyse de discours et de l’argumentation: la formule (Faye 1972, Krieg 2003) , le slogan (Reboul 1975, Salem 1987) , la langue de bois (Fiala e t al. 1989, Thom 1987, Sériot 1986) , le topos (Plantin 1993) . (Paveau 2006, 39) Cet inventaire terminologique et conceptuel n’est pas exhaustif, mais il est très utile pour «illustrer le paradigme langagier –phraséologique des avant dires collectifs », selon M. A. Paveau (2006, 38), qui continue l’idée en faisant référence d’E. Gülich et U. Krafft qui parlent très justement de « structure ou séquence préformée », du « caractère préfabriqué » des expressions figées. Tenant compte de ces traces du préfabriqué, on arrive implicitement dans la région des prédiscours, puisque tout figement indique la possibilité d’une reproductibilité, une antériorité de la production, devenant ainsi le signal d’un prédiscours. Le stéréotype, l’exemple le plus concret, est devenu l’objet d’étude des sciences sociales, mais aussi des sciences du langage (en sémantique et en analyse de discours). Une approche constructiviste ou cognitive conçoit le stéréotype comme «une construction de lecture», selon l’affirmation de R. Amossy qui poursuit sa réflexion ainsi: […] le stéréotype n’existe pas en soi. Il n’apparait qu’à l’observateur critique ou à l’usager qui reconnait spontanément les modèles de sa collectivité. Il émerge lorsque, sélectionnant les attributs dits caractéristiques d’un groupe ou d’une situation, nous reconstituons un schéma familier. Plutôt que le stéréotype, il faudrait parler de stéréotypage. C’est-à-dire de l’activité qui découpe ou repère, dans le foisonnement du réel ou du texte, un modèle collectif figé. La blonde idiote aux formes généreuses, le Juif avare au nez crochu, le Noir ignorant et insouciant ( happy-go-lucky, comme dit si bien l’anglais) ne circulent pas en tant que tels dans le monde et dans les livres. Nous les retrouvons en réassemblant à partir de la série d’éléments choisis à cet effet, un schème connu d’avance. Le stéréotypage consiste en une lecture programmée du réel ou du texte. (1991, 22). De cette manière, la conception du stéréotype peut contribuer, comme constate M. A. Paveau (2006, 57 et 118), à une conception des discours reposant sur une distribution des cadres prédiscursifs collectifs (savoirs, croyances, pratiques) qui donnent des instructions pour la production et l’interprétation du sens en discours. 2. Les phrases de routine dans la conversation Les expressions stéréotypées représentent de nombreuses routines souvent systématiques, ou par ailleurs transmises et apprises, exemplifiées par une suite qui varie des formules de salut, jusqu’aux questions sur la santé, ou aux conversations figées sur le temps, aboutissant à toute forme de rituel présent
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=