AGAPES FRANCOPHONES 2014
Formules stéréotypées: quelques lieux communs conversationnels dans les dialogues romanesques _____________________________________________________________ 281 surtout lors des visites et des rencontres. Deux actes rituels qui se retrouvent quasiment dans toutes les conversations sont le compliment et le commentaire de site. Notre analyse se focalise sur le compliment, l’acte le plus récurrent dans la conversation. Les actes de langage, étudiés d’abord par J. L. Austin et J. Searle, ont été resitués par C. Kerbrat Orecchioni dans le cadre des échanges et des interactions. Ils s’organisent différemment en fonction du critère énonciation littéraire/non- littéraire, comme le souligne C. Condei (2013 :35) reprenant une idée de D. Maingueneau concernant la « spécificité des énoncés littéraires en terme d’actes de langage » (2001 :23). Dans le corpus interrogé nous avons trouvé les automatismes langagiers énumérés au-dessous, qui sont placés dans leur contexte communicationnel et dont nous retiendrons la fréquence d’emploi des formules rituelles et surtout des jurons: a. des formules de politesse: - «Volontiers!» (Istrati 1994, 246)/ «Cum nu!» (Istrati 1994, 147), «Pouvez- vous […]» (Istrati 1994, 246) / «N-ai putea […]» (Istrati 1994, 247); « Je présente mes hommages les plus respectueux à la joupânitza Floritchica!»(Istrati 1995, 330, italiques dans le texte en français)/ «Prezint omagiile mele cele mai respectuoase jupâniţei Floricica!» (Istrati 1995, 329). Ces formules de politesse, à titre d’exemple, représentent des constructions simples ou plus complexes des automatismes langagiers. Le roumain « cum nu ! » fait penser à une autre perspective que celle de la traduction la plus proche de « volontiers », c’est-à-dire « cu plăcere, bucuros » ( Dicţionar francez-roman , 2006, 1674). Il y a dans le texte roumain une nuance sur laquelle l’écrivain-traducteur insiste : celle de « normalité » de la situation envisagée, comme si la réaction aurait pu être négative et qu’on rejette cette possibilité : « cum nu » est senti comme équivalent de «je n’hésiterais une seconde à faire cela ! ». Très profond, un contraste s’esquisse, sans laisser des traces spectaculaires à la surface. b. des formules rituelles qui expriment: - la révolte: «Bon Dieu!» (Istrati 1994, 4)/ «Ei drace!» (Istrati 1994, 4), «Nom d’un tonnerre!» (Istrati 1994, 4)/ «Ei drăcia dracului!» (Istrati 1994, 4). Chose encore plus intéressante du point de vue de la traduction, en français on utilise le nom de Dieu, en roumain le juron contient le nom du diable. - la joie: «Seigneur! Que ça doit être bon de se trouver sur un de ces paquebots qui glissent sur les mers et découvrent d’autres rives, d’autres mondes !...» (Istrati 1994, 6)/«Doamne! Ce bine trebuie să fie să te găseşti pe unul din aceste pacheboturi, cari alunecă pe mări şi descoperă alte ţărmuri, alte lumi!...» (Istrati 1994, 7). La formule ( Seigneur !) transmet la joie dans le contexte entier, le nom de Dieu, étant utilisé en roumain pour exprimer différents sentiments. - la colère: «Pâques, Evangiles et tous les Saints Apôtres!» (Istrati 1994, 30)/ «Paştele, evanghelia şi toţi sfinţii!»(Istrati 1994, 31); «Que je chie dans l’âme de ta mère!»(Istrati 1998, 180)/ «Facu-ţi şi dregu-ţi în sufletul mă-ti de păcătos!» (Istrati 1998, 181). Le roumain est assez riche en formules exprimant la colère, dont le vocabulaire varie du domaine religieux jusqu’aux argots.
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