AGAPES FRANCOPHONES 2014
Maria-Mădălina URZICĂ POIANĂ Université de Craiova, Roumanie _____________________________________________________________ 284 sûrement les maris ne doivent pas battre leurs femmes, comme le font les nôtres» (Istrati 1998, 162)/ «Cât trebuie să fii de fericită! spuneau ele Anei. La voi, nemţii, desigur că bărbaţii nu-şi bat femeile, cum fac ai noştri.» (Istrati 1998, 163). Le dialogue se déroule dans la cuisine de la famille Thüringer, et les femmes évoquées en tant qu’énonciatrices sont des Roumaines, pauvres, maltraitées et battues par leurs époux. L’exclamation combine l’adjectif affectif avec l’appréciation des qualités de l’objet sur lequel elle porte. b. La lamentation transpose le compliment en adoration : «Tu es beau; tu es intelligent; tu es fier, et tu préfères la mort à l’esclavage…» (Istrati 1995, 240)/ «Eşti frumos; eşti priceput; eşti mândru, şi vrei mai curând moartea decât robia…» (Istrati 1995, 241) Discursivement, la construction française, ainsi que celle roumaine, utilise la répétition qui amplifie l’effet et le dirige incontestablement vers le destinataire. Le rôle des espaces, des pauses, est augmenté par les points virgules qui s’ensuivent et marquent la cadence. Un autre exemple : «C’est épatant comme vos chevaux sont dressés!» (Istrati 1994, 64) / «E uimitor cum ţi-ai dresat caii!» (Istrati 1994, 65) ou encore : «Tu es un digne descendant de tes ancêtres…» (Istrati 1994, 20) /«Eşti un demn urmaş al strămoşilor tăi chefaloniţi!» (Istrati 1994, 21). Pour continuer la liste on ajoute d’autres exemples qui suivent la même construction: «Je suis jeune et vieux, comme les moineaux…» (Istrati 1994, 16)/ «Sunt tânăr şi bătrân: ca vrăbiile.» (Istrati 1994, 17), «Il est fier, votre ami…Oui, il est un peu fier, mais il est bon» (Istrati 1994, 202)/ «Dar ştii că-i mândru, prietenul dumitale… Da, e cam mândru, dar e un om bun.» (Istrati 1994, 203) Une première interprétation de telles constructions permet d’observer la structure légèrement contrastive : si l’on affirme d’une personne qu’elle est jeune et vieille en même temps cela ne fournit pas d’informations pertinentes, mais la suite de la phrase permet la récupération correcte du sens : « comme les moineaux » qui ne laissent jamais voir leur âge. Quant au « un peu fier », le syntagme vient perturber la normalité d’une conversation qui exige que l’on protège l’interlocuteur. Pour adoucir une réplique perçue, peut-être comme une attaque, on ajoute rapidement un adoucisseur : « mais il est bon ». ou encore : «Ca doit être un brave…» (Istrati 1994, 198/ «Acesta trebuie să fie un viteaz…» (Istrati 1994, 199), «Vous êtes aussi belle, mademoiselle! complimenta le Turc.» (Istrati 1994, 162)/ «Şi dumneata eşti tot pe-atât de frumoasă, domnişoară! o linguşi Turcul.» (Istrati 1994, 163); «Voilà, voilà où tu es un excellent camarade!»(Istrati 1998, 208)/ «Iată, vezi ce bun camarad poţi să fii tu când vrei!» (Istrati 1998, 209). Toutes ces situations renvoient aux formules mathématiques décrites par Véronique Traverso et illustrent le caractère figé des constructions automatiques.
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