AGAPES FRANCOPHONES 2014
Formules stéréotypées: quelques lieux communs conversationnels dans les dialogues romanesques _____________________________________________________________ 285 c. Il s’agit aussi d’un rappel de la période d’enfance des sœurs Müller, dont l’aînée est devenue Madame Max Thüringer, l’épouse du riche bourgeois. Ce rappel se base, discursivement, sur la reconstruction d’un dialogue imaginaire: Les trois petites fées blondes, qui fréquentaient l’école catholique, attentives à leur uniforme noir à collerette blanche et constamment soucieuses de leur conduite dans la ville, étaient des modèles que toute maman roumaine donnait en exemple à ses enfants:-Vous voyez les Allemandes, comme elles sont sages! Aussi, Dieu les aidera!» (Istrati 1998, 152)/«Cele trei mici zâne blonde, care se duceau la şcoala catolică, pline de atenţie pentru uniforma lor neagră cu guleraş alb şi mereu cu grijă pentru buna lor purtare în oraş, erau nişte modele pe care orice mamă româncă le dădea ca exemplu copiilor lor: -Ia uitaţi-vă la surorile Müller, cât sunt de ascultătoare! Aşa că şi Dumnezeu o să le ajute! (Istrati 1998, 153). Ou encore: - Ta mère t’envoie…répéta le pauvre homme, en hochant la tête, “ta mère est une sainte, Adrien”. (Istrati 1995, 48, guillemets dans le texte)/ - Mama ta te trimite… repetă Moş Anghel, clătinând din cap; - mama ta e o sfântă, Adriene. (Istrati 1995, 49). La focalisation sur l’objet se manifeste cette fois-ci par une marque thématique, l’objet est en fait l’objet de la conversation. Au terme de cette analyse, nous pouvons constater que les structures retenues permettent d’autres interprétations: «Je suis jeune et vieux» est en même temps une réplique d’esquive, associer son âge à celui des oiseaux c’est en fait souligner que la difficulté d’établir le nombre d’années n’a rien à faire avec l’expérience de vie qui s’y associe. Dans l’exemple suivant, la fierté est présentée comme proche du négatif, mais ce négatif est vite effacé par le mais oppositif «mais il est bon», ce qui maintient l’équilibre du discours et l’aspect positif du tour de parole. La troisième formule s’interprète comme une déduction, ou, plutôt comme un désir. La dernière, par contre, est placée justement pour obtenir le confort non seulement de la conversation mai aussi de la situation. La jeune fille, que le Turc rassure de cette manière flatteuse, aura un plus de confiance et la tâche de l’enlever et la conduire dans un harem en Turquie est facilitée. Le compliment peut donc être assimilé au lieu commun de l’entrée de la conversation, puisque cet acte de langage a des formulations et des usages relativement stéréotypés et surtout parce qu’il fonctionne comme « routine d’amorce de la conversation » (Traverso 1993, 115). 4. Croyances, clichés et manières de penser Comme stéréotypes de pensée, les croyances et les opinions nous mènent au point de départ universel du savoir (Paveau 2006, 36). Istrati nous présente plusieurs formes de croyances : dans les rêves: « Je fais de mauvais rêves... » (Istrati 1994, 76); dans les malheurs: « Je crois qu’un malheur nous guette! » (Istrati 1994, 76); au Dieu, au Diable: « Mais, maman, ne crois-tu pas que le Diable s’y mêle aussi, parfois? Non, répondait-elle, je ne crois pas au Diable; Dieu est plus fort que lui...Et si nous sommes comme nous sommes, c’est parce que Dieu le veut...» (Istrati 1994, 102) auxquelles il ajoute les croyances
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