AGAPES FRANCOPHONES 2014
Le texte, reflet d'une langue dans ses nuances et ses évolutions _____________________________________________________________ 293 une consonne ou avec un groupe final consonantique cyrillique (successivement, chizmindu et chizmind dans le même fragment « en composant ; en écrivant » , pre scurtu pour pe scurt « brièvement »), témoigne d’hésitations légitimes en matière de transcription graphique de ce phonème roumain au cours du temps. Néanmoins, on peut souligner, par une comparaison avec Cronicari munteni, Viaţa lui Constantin Brâncoveanu de Radu Greceanu (1968, 86, § 1), le fait que certains traits sont présents aussi en Valachie, en particulier des alternances vocaliques ou désinentielles ( istoriii pour istoriei « de l’histoire » ; dă pour de « de » ; domniia pour domnia « règne », măriii-sale pour măriei-sale « sa grandeur » ; zilile pour zilele « les jours » ; denainte pour dinainte « avant » ; dempreună pour dimpreună « en même temps » ; viiaţa pour viaţa « la vie ») ; doao pour două « deux » ; Io pour Eu « Moi » ; et le - u final domnu pour domn « prince »). On remarquera également la présence de l’alternance consonantique - d -/- t - ( Costandin pour Constantin ) et la présence du relatif articulé en roumain ancien : carii pour care « qui ». du point de vue lexical, on observe leat « an » du slave ; 7191 faisant référence au calendrier julien (le calendrier grégorien ayant été adopté en 191 en Roumanie). Des points de vue historique et culturel, les chroniques, en relatant l’histoire des hauts faits des voïévodes de Moldavie (ou des autres principautés), illustrent également les liens qu’ils entretenaient avec leurs voisins et les influences qu’ils subissaient. Les mots choisis par les transcripteurs et traducteurs reflètent les contacts des langues, de la même manière que les thématiques et les exemples sélectionnés, pour détailler des faits ou expliciter un raisonnement, rendent compte des sources d’inspiration, orientales et latines, ce qui place, à nouveau, les principautés roumaines (et, plus tard, les pays et la Roumanie) aux croisées des chemins. De manière générale, un philologue cherchera, avant tout, à se pencher sur des originaux ou sur des copies à l’état de manuscrits, afin de se rapprocher le plus possible de la pensée et de la source originale du texte, car cette démarche apparaît plus rigoureuse. Néanmoins, l’accès à ces originaux qui se trouvent, parfois, dans d’autres pays n’est pas toujours aisé. Par ailleurs, le travail philologique repose sur le choix de critères objectifs qui se retrouvent dans d’autres disciplines de la linguistique, en particulier la lexicologie et la dialectologie. L’étude des ouvrages lexicographiques, en particulier anciens, est riche d’enseignements, puisqu’ils ne sont pas seulement un réservoir hétéroclite de mots. Ils constituent avant tout un ensemble d’une dimension variable regroupant des termes en fonction d’une cohérence, celle de l’usage que l’auteur destine à un public cible qu’il détermine à l’avance, auquel se greffent d’autres destinataires à titre secondaire, spécialisés dans une discipline connexe mais qui recherchent une définition plus large. Un fragment lexicographique conserve certaines des spécificités de l’ouvrage intégral dont il est issu, en ce sens qu’il correspond à la photographie de l’état d’une langue à un moment donné. Les différents moyens de renouvellement du lexique sont, par conséquent, particulièrement étudiés par les spécialistes qui se consacrent aux états de langue passés ou contemporains car des passerelles existent entre ceux-ci. Dans certains cas, on assiste à une résurgence de phénomènes d’enrichissement lexical, par la réutilisation de certains préfixes et/ou suffixes ou, au contraire, à leur tombée en désuétude, au profit d’autres plus récents. Les termes glosés, ainsi que leurs définitions, révèlent souvent la technique que l’auteur utilise pour
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