AGAPES FRANCOPHONES 2014

Estelle VARIOT Université d’Aix-Marseille, France _____________________________________________________________ 294 établir son corpus, choisir certains mots et en écarter d’autres, pour mettre en valeur le patrimoine lexical de la langue en question, par les sous-entendus et les références à un fond spécifiquement roumain qu’il fait. Je citerai, à ce stade, le Disionăraş romănesc de cuvinte tehnice şi altele greu de înţeles (Stamati 1851) car il a représenté une étape importante dans mes recherches, puisqu’il a constitué le sujet de ma thèse de doctorat. C’est la raison pour laquelle, sans pouvoir développer ici l’ensemble des problématiques traitées à cette occasion, je mettrai en avant la technique utilisée par l’auteur, présentée dans la préface de l’ouvrage. T. Stamati insiste sur les différentes étapes de formation et d’imbrication des mots, dans une langue en proie à de profonds bouleversements créés par la volonté de remplacer l’alphabet utilisé depuis quelques siècles par celui qui correspondait à sa structuration profonde, le latin. Mise à part cette attitude normalisatrice propre aux lexicologues [cf., par exemple, Deducţie, deducere (nu deducaţie) « déduction »(Stamati, 55)] et aux grammairiens, T. Stamati constitue ici l’un des premiers dictionnaires qui atteste l’existence de l’influence française sur le lexique roumain, dans des domaines variés, techniques, liés à la diplomatie, la culture, la mode, la vie sociale, dans son ensemble etc., en permettant ainsi à ce lexique de se romaniser à nouveau, après des siècles d’influences orientales. Les variantes multiples issues de la même racine, parfois vieillies de nos jours, à laquelle sont adjoints des suffixes d’origines diverses, sont des témoins de la richesse de la langue roumaine et de ce fond culturel gréco-latin, ainsi que des influences slave (ou française par filière slave, notamment) : Degeneraţie, degenerăciune « dégénération » ; degresie, degresiune « digression » ; aboliţie, aboliciune « abolition » (Stamati, 66 ; 54 et 9)], etc. La langue écrite correspond ainsi au reflet de l’idiome qui est parlé par une communauté de locuteurs à un moment spécifique. Le dictionnaire enregistre les tendances d’un certain usage qui sera fonction aussi des habitudes articulatoires des sujets soumises aux variations du milieu et aux influences extérieures. Le roumain, par la structuration de sa grammaire, son lexique et sa syntaxe, est éminemment latin [maintien partiel de la déclinaison latine, l’articulation définie postposée (exception faite des noms propres masculins), le maintien du supin, entre autres], sur un fond dace (à comparer avec l’albanais) et avec des influences slave (numéral), grecque, balkanique (subjonctif), puis une réorientation vers l’occident (Italie, France, etc.). Il est à noter qu’il existe toujours des variétés de langage dans le domaine roumain, au sein des territoires correspondant aux anciennes principautés de Valachie, Moldavie et Transylvanie (qui sont particulièrement analysées et mises en valeur dans les Atlas linguistiques), ainsi qu’au sud du Danube. Même si le rapprochement structurel au sein du domaine roumain est indubitable, ces distinctions vis-à-vis de la langue commune sont intéressantes à visualiser car elles contribuent à une meilleure connaissance de la langue commune. Ces indications nous amènent naturellement aux fragments à caractère dialectal, présents dans des dictionnaires ou d’autres recueils spécialisés, sachant que la perspective dialectale va consister à identifier les marqueurs qui font apparaître l’idiome étudié comme une variante d’une langue. Tache Papahagi se situe dans cette lignée, puisqu’il a réalisé un certain nombre de dictionnaires et d’ouvrages littéraires, en lien avec sa langue maternelle, l’aroumain. On peut se reporter utilement à son Petit dictionnaire de folklore

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