AGAPES FRANCOPHONES 2014

Le texte, reflet d'une langue dans ses nuances et ses évolutions _____________________________________________________________ 295 (traduit par mes soins intégralement, sous la direction de V. Rusu), dans lequel il répertorie 101 thèmes qu’il définit avant de les promener dans les différents pays et sur tous les continents du globe. Là encore, les définitions données dans ses textes illustrent cette volonté de présenter avec minutie l’aire d’expansion d’un fait de culture, transmis souvent oralement, avant d’être recueilli, au gré des enquêtes dialectales et ethnographiques. L’intérêt très prononcé pour l’aroumain de Tache Papahagi renvoie, bien entendu, à ses origines, mais également à une volonté de conserver ce patrimoine qui est représenté par des langues de moindre circulation que les langues officielles actuelles (même si ces dernières n’étaient, au départ aussi, que des dialectes) et qui est conservé par des enregistrements de natifs, avant d’être passé sur des supports textuels. À ce titre, nous citons un autre ouvrage clef de la création de Tache Papahagi, Poezia lirică populară , qui décline celle-ci, par le biais des différentes coutumes et le fait apparaître ainsi comme un chantre du village roumain, dont il reconnaît, d’une part, la vitalité et, d’autre part, les valeurs ancestrales. L’organisation de l’ouvrage est, bien entendu, différente de celle d’un dictionnaire, puisqu’elle n’est pas ici spécifiquement régie par l’enregistrement d’un terme et de sa définition, suivis de son aire d’expansion. Tache Papahagi présente une analyse comparée des lyriques populaires dacoroumaine et aroumaine. Les textes abordent les différents aspects de la lyrique populaire, exemplifiant le lien avec le peuple, ce qui permet à l’auteur de souligner la contribution aroumaine au patrimoine commun. Le fragment choisi en aroumain et en dacoroumain ( Poezia populară lirică , 350, § 6 ; 351, § 1) illustre l’appartenance à la même structure linguistique, du fait de l’origine de certains mots ( tricură/trecură « était passé » ; trei/trei « trois » ; un/unul « un ; l’un » ; cu/cu « avec » ; strane/straie « vêtement » ; pri/prin « à travers »), de l’organisation syntaxique et morphologique (formation du comparatif). Certaines différences lexicales et constructives s’expliquent par des variations dans l’enregistrement du fragment dacoroumain : ainsi gioni/flăcăi (le terme junii « jeunes » existe également en dacoroumain) ; cu strane/ in haine « en vêtements »). Les termes frîn ţeşti / europeneşti (en dacoroumain, frânceşti est vieilli « européens ; occidental », gărţeşti / greceşti « grecs » et armăneşti /aromâneşti « aroumains » mettent en lumière l’existence de certaines digressions, inhérentes à une circulation différente, mais aussi, pour les deux derniers doublets, de variations phonétiques particulièrement intéressantes. Le dernier exemple flagrant de l’importance des écrits pour le développement d’un peuple et de ses valeurs sociétales et culturelles nous est donné par des textes à caractère juridique. La hiérarchie dans les textes varie en fonction de leur caractère normatif mais ils obéissent à un certain nombre de règles incontournables édictées par l’État/l’autorité suprême et qui sont les garants, de la cohésion d’un pays. Ainsi, si nous prenons « l’acte » constitutionnel de Valachie et de Moldavie du 7 février 1741 établi par Constantin Mavrocordat, nous pouvons établir deux faits particulièrement intéressants : d’une part, la valeur de ce texte, en tant que document de poids pour l’organisation juridique de deux des trois principautés originelles roumaines et, d’autre part, les spécificités de la langue utilisée. La Valachie et la Moldavie, sous autorité phanariote (et soumises à la Porte ottomane), à cette époque, décident de se doter d’un texte à forte portée

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