AGAPES FRANCOPHONES 2014
Estelle VARIOT Université d’Aix-Marseille, France _____________________________________________________________ 296 puisque l’on se situe au niveau de la Constitution. Le Prince, placé sous la bénédiction divine, prévoit, par ce document, l’organisation de toutes les branches de la société, en partant des représentants de l’église pour arriver à l’autorité judiciaire, aux nobles et à une répartition conforme à cette volonté divine. La langue utilisée dans le fragment ( Aşezământ constituţional, 1, § 1) [nous n’avons eu accès, à ce stade, qu’à un document en graphie roumaine normalisée, sans signe diacritique], confirme, néanmoins, certaines observations précédentes relatives à la phonétique et à la morphologie : j’en citerai ci-après quelques-unes : alternances vocaliques et consonantiques : adecă pour adică « c’est-à-dire » ; Costandin pour Constantin ; acestiia pour aceştia « ceux-ci » ; pohtim pour poftim « nous désirons » ; voevod pour voievod « voiévode » ; transcription graphique normalisée du - u final : stăpînătoriu « le maitre »), auxquelles on peut ajouter des formes étymologisantes ( Io « Moi »). L’utilisation du vocabulaire de dévotion est à souligner : milă « compassion ; pitié »), ainsi que des slavismes : ispravnicii « dignitaires au service du prince » ; zavistni « intrigants ») et des hellénismes : protopopii « les protopopes ». Par ailleurs, on note, dans certains cas, une hésitation dans certaines constructions ( a toată Tara Rumânească « de toute la Valachie » ; a Domnii meale « de mon règne »). On remarque l’utilisation du terme constituţional , d’origine latine, à un moment où l’influence française se réalise par la voie indirecte (le mot constituţional est, par ailleurs, attesté en 1809 (DLR, tom. I, partea II, C, 738). Les documents à caractère juridique qui verront le jour un peu plus tard, influencés par les idées de la Révolution française de 1789 et des mouvements qui suivront, témoigneront de l’évolution du droit, en lien avec le changement d’administration politique de l’État. Ils disposeront de davantage de formulations figées, gréco-latines, notamment, issues de ce langage spécialisé, qui tendent à une traduction davantage standardisée dans la langue (les éléments constitutifs d’une constitution ; les attendus d’une décision, par exemple), même si des différenciations/spécialisation sémantiques peuvent s’opérer, dans certains cas. La nécessité d’envisager les acceptions précises justifie pleinement que l’on se réfère aux textes en première intention, afin d’en comprendre toute la portée et d’en identifier les interprétations possibles. Les règles non écrites et les coutumes juridiques – même si elles posent parfois le problème de la preuve – ont longtemps coexisté avec les règles écrites, qu’elles ont, parfois, contribué à préciser de manière positive. Néanmoins la source essentielle du droit, actuellement, est constituée par le droit textuel, en particulier depuis le code civil de 1804 et des Constitutions. La France, depuis la Révolution et Napoléon, a joué un rôle non négligeable dans la diffusion, y compris à l’étranger, de cette organisation spécifique du droit, qui a entraîné le formalisme de plus en plus important à l’écrit évoqué supra . Le texte, en tant que document original réalisé dans une langue donnée, dans une optique générale, linguistique et/ou de spécialité, est le témoin de l’état dans lequel se trouvent une société et un peuple à un moment donné. La notion de texte renvoie, dans sa variété, à différentes acceptions de la linguistique, comme de la culture et, au-delà, à une évidence claire, celle de prendre connaissance de la forme d’origine avant de pouvoir présenter tout postulat et toute interprétation. C’est la raison pour laquelle l’accès aux sources directes, anciennes et dialectales, en particulier, est primordial. Nous espérons que ces
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