AGAPES FRANCOPHONES 2014

Mohsen TOUNSI Institut Supérieur des Langues de Tunis, Tunisie _____________________________________________________________ 320 Le texte oral est toujours accompagné de gestes et de mimiques. Les gestes et les mimiques peuvent être décrits dans un texte écrit. Plusieurs gestes ont un caractère commun à tous les peuples et peuvent être compris partout. Mais d’autres gestes ont un caractère spécifique et nécessitent un commentaire pour que l’étudiant étranger puisse les comprendre correctement. L’aphorisme russe indiquant le geste « закрыть глаза » ( fermer les yeux ) a le même sens et indique le même geste qu’en français : « tolérer, faire semblant de ne pas remarquer ». Mais l’aphorisme arabe indiquant le même geste « ! أ " » a aussi le sens de « mourir ». L’aphorisme arabe indiquant le geste « #$ و ه & » s’emploie dans deux sens : 1-« sincèrement » et 2- « s’effrayer, avoir peur », mais l’aphorisme russe qui indique le même geste a le même sens qu’en français et ne s’emploie que dans le premier sens arabe. Les textes peuvent contenir des indications sur le comportement national. Sur la base de ces indications, les étudiants de langue étrangère apprennent comment se comporter dans la société de la langue cible et évitent ainsi les chocs culturels. On a l’habitude, en Tunisie, de frapper à la porte avant d’entrer dans un bureau administratif. C’est un signe de politesse, de civisme et de respect. Dans l’administration soviétique, on n’est pas obligé de frapper à la porte ou de demander la permission d’entrer dans un bureau, car l’administration appartient au peuple et l’agent administratif est au service du peuple. En plus, si on frappe à la porte on donne l’impression qu’on veut prévenir l’agent administratif qui pourrait être à notre avis dans une mauvaise position ou même dans une position suspecte. Par conséquent, les Russes devaient apprendre à frapper à la porte des administrations tunisiennes et les Tunisiens devaient apprendre à ne pas frapper à la porte des administrations soviétiques. Ces informations sur le comportement protègent les uns et les autres des chocs culturels. Les Arabes ont l’habitude de saluer en entrant dans un lieu ou en rencontrant quelqu’un. On répète le salut si on revient dans le même endroit ou si on rencontre encore une fois la même personne, même après quelques minutes. Par contre, les Russes ne saluent qu’une seule fois le même jour et si on revoit le soir une personne qu’on a rencontrée le matin et on la salue, elle nous répond avec un ton un peu gêné : « encore une fois ». Cette réponse vexe bien sûr l’interlocuteur arabe qui ne comprend pas le comportement national russe. Le lecteur arabe ne comprendrait pas cette réponse, rencontrée dans un texte, s’il n’a pas déjà acquis une idée sur ce type de comportement. Les Russes ont l’habitude d’être courtois avec la femme et de louer sa beauté, même si elle n’est pas assez belle. C’est un signe de politesse. Ce comportement fait énormément plaisir au mari. Mais dans la société arabe ce comportement n’est pas acceptable, suscite la jalousie du mari et peut même être conçu comme un harcèlement. Partout dans le monde les gens opinent de la tête, de haut en bas et de bas en haut, pour exprimer l’accord/la confirmation et ils font bouger la tête de droite à gauche et de gauche à droite pour exprimer le désaccord/la négation. Ces gestes peuvent être décrits dans un texte et ils remplacent l’expression verbale. Mais en Bulgarie, ces gestes signifient le contraire. Il faut connaître cette spécificité pour comprendre correctement l’intention d’un interlocuteur bulgare, ou le vrai sens de ce geste, lorsqu’il est décrit dans un texte.

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