AGAPES FRANCOPHONES 2014
Fatma BOUATTOUR Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, France _____________________________________________________________ 44 I. Le paratexte L’étude du paratexte dans « Au Rendez-vous allemand » va être fondée sur les analyses de Gérard Genette qui le définit ainsi : Le paratexte est donc pour nous ce par quoi un texte se fait livre et se propose comme tel à ses lecteurs, et plus généralement au public. Plus que d’une limite ou d’une frontière étanche, il s’agit ici d’un seuil , ou – mot de Borges à propos d’une préface – d’un « vestibule » qui offre à tout un chacun la possibilité d’entrer, ou de rebrousser chemin. […]. [Elle], en effet, toujours porteuse d’un commentaire auctorial, ou plus ou moins légitimé par l’auteur, constitue, entre texte et hors-texte, une zone non seulement de transition, mais de transaction : lieu privilégié d’une pragmatique et d’une stratégie, d’une action sur le public au service, bien ou mal compris et accompli, d’un meilleur accueil du texte et d’une lecture plus pertinente – plus pertinente, s’entend aux yeux de l’auteur et de ses alliés (Genette 1987, 7-8). À travers cette définition, Genette souligne l’importance des éléments du paratexte dans la réception de l’œuvre. Le lecteur ne reste pas indifférent face à un titre ou une dédicace. Eluard cherche dans son recueil à exploiter à fond le potentiel du paratexte. Cette volonté s’affiche dans le choix des titres, des dédicaces, des épigraphes et des notes. La majorité des titres des poèmes de « Au Rendez-vous allemand » renvoient directement ou indirectement à la guerre. Gérard Genette distingue des titres thématiques et des titres formels. Eluard opte plus pour les titres thématiques dans ce recueil. Vingt-quatre poèmes des vingt-sept dont il est composé renvoient d’une manière ou d’une autre à la guerre tandis que six poèmes seulement réfèrent au genre poétique. En revanche, même ces titres formels sont en rapport explicite ou implicite avec la guerre. Dans « Les sept poèmes d’amour en guerre », la référence à la guerre est claire. Quant à « Critique de la poésie », il semble avoir un lien avec le contexte à travers le terme « critique » qui pourrait renvoyer à la remise en question ou l’évaluation du rôle de la poésie pendant la guerre. C’est l’aspect thématique qui est en rapport avec le contexte. Or, les titres thématiques ne sont pas tous similaires. Il y a des titres où la guerre est mentionnée directement vu la présence d’un terme ou d’une expression en lien étroit avec la guerre et il y en a d’autres où elle est évoquée d’une manière indirecte. Le premier type est le plus facile à repérer. « Chant nazi », par exemple, crée un lien étroit entre le poème et La Seconde Guerre ainsi que l’occupation allemande. Tout comme le titre du recueil, il contient une référence directe à l’Allemagne. L’événement qui marque le plus le poète est l’occupation allemande. L’association du nazi au chant peut renvoyer à la propagande que pratique le régime allemand pour légitimer ses interventions militaires. Dans ce cas, ce titre rejoint celui du poème qui le précède dans le recueil, « Les belles balances de l’ennemi ». L’ennemi est l’occupant tandis que les balances, symbole de la justice, réfèrent aux autorités allemandes qui pratiquent la justice à sa manière. L’adjectif « belle » participe d’un ton ironique. Les Allemands cherchent par le biais de la propagande à défendre leur justice fondée sur la mort et la ruine. L’emploi de « balances » au pluriel fait allusion au machiavélisme allemand. Un titre peut aussi évoquer la guerre à travers la mention du nom d’une victime. C’est le cas de Gabriel Péri. C’est un journaliste
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