AGAPES FRANCOPHONES 2014
Les répercussions de La Seconde Guerre mondiale sur la poésie de Paul Eluard _____________________________________________________________ 45 de L’Humanité et politicien appartenant au parti communiste qui a été tué par les Allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ce titre montre que le poète cherche à rendre hommage à cet homme qui a fait partie de la résistance. Outre ces références directes à la guerre, l’occupation, les victimes, etc., d’autres poèmes sont dotés de titres qui ne contiennent pas de références explicites aux circonstances de l’époque, mais qui peuvent entretenir des liens camouflés avec elles. « Courage », « Bêtes et méchants », « On te menace », etc., renvoient tous à un état de conflit. Vu l’orientation générale du recueil, ils peuvent tous être liés à la guerre. Leur contenu vient confirmer cette thèse. Ils ont tous pour thème les circonstances ou les dégâts de la guerre. Si les titres s’attachent au contexte par le recours à un lexique lié aux conflits de l’époque, comment une dédicace ou une épigraphe peuvent inscrire un poème dans ce contexte ? La dédicace consiste selon Genette (1987, 110) à : « faire l’hommage d’une œuvre à une personne, à un groupe réel ou idéal, ou à quelque entité d’un autre ordre ». Elles sont courantes dans les œuvres littéraires. De plus, Eluard y recourt souvent dans ses recueils et poèmes. Il dédie ses œuvres à ses amis ou ses bien-aimées. Mais, dans « Au Rendez vous allemand », il dédie un poème, « A l’échelle humaine », à l’un des héros et victimes de la guerre : « À la mémoire du colonel Fabien et à Laurent Casanova qui m’a si bien parlé de lui. » (Eluard 1945, 45). Il s’agit d’une dédicace in memoriam . De surcroit, Eluard consacre une note à ce poème où il fait le récit du parcours de résistant qu’avait accompli Fabien avant d’être tué en 1941. Le poète veut rendre hommage à cette personne et en faire un modèle pour ses lecteurs. Cela nous amène à réfléchir sur le réel dédicataire, surtout que le dédicataire officiel est mort. Genette (1987, 126) affirme à ce sujet : Quel qu’en soit le dédicataire officiel, il y a toujours une ambiguïté dans la destination d’une dédicace d’œuvre, qui vise toujours au moins deux destinataires : le dédicataire bien sûr, mais aussi le lecteur, puisqu’il s’agit d’un acte public dont le lecteur est en quelque sorte pris à témoin. Typiquement performative, je l’ai dit, puisqu’elle constitue à elle seule l’acte qu’elle est censée décrire, la formule n’en est donc pas seulement : « Je dédie ce livre à Untel » (c’est-à-dire : « Je dis à Untel que je lui dédie ce livre »), mais aussi, et parfois bien davantage : « Je dis au lecteur que je dédie ce livre à Untel » […]. La dédicace d’œuvre relève toujours de la démonstration, de l’ostentation, de l’exhibition : elle affiche une relation, intellectuelle ou privée, réelle ou symbolique, et cette affiche est toujours au service de l’œuvre, comme argument de valorisation ou thème de commentaire. Ainsi, Eluard cherche à créer un symbole de la résistance et de l’engagement au service de la bonne cause. Il dresse le profil du militant idéal. De plus, il accorde une place importante au pathos dans le poème pour toucher le public. Fabien n’est qu’un modèle que tout le monde doit suivre pour mettre fin à l’occupation et à la guerre. Le paratexte est présent dans Au Rendez-vous allemand à travers un autre seuil, à savoir l’épigraphe définie ainsi par Genette (1987, 134): « une citation placée en exergue, généralement en tête d’œuvre ou de partie d’œuvre ».
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