AGAPES FRANCOPHONES 2014

Les répercussions de La Seconde Guerre mondiale sur la poésie de Paul Eluard _____________________________________________________________ 47 Eluard explique les raisons de l’écriture de ce poème. Tout comme lui, Paulhan est engagé dans la résistance. Ils collaborent ensemble pour mettre à nu les crimes du nazisme et les actes de trahison. Ce poème fait donc partie d’un projet collectif. Eluard est chargé de dénoncer une pratique courante qui consiste à coller des avis ou des menaces de mort sur les murs de Paris. Ses listes nominatives sèment la peur chez les victimes et font preuve de sadisme. Ce détail révélé dans la note oriente la lecture du poème. En fonction de ces remarques, le poème se présente comme l’histoire d’une victime de la guerre dont la mort a été annoncée d’avance par un avis collé sur l’un des murs de Paris. Le poète décrit l’état de détresse qui entrave cette personne dépourvue d’identité mais qui représente tous ceux qui souffrent de cette torture. Mais il ne se contente pas de peindre la détresse et le désespoir de la victime. Il lance une lueur d’espoir à travers la croyance à la vengeance. Tout en saluant ceux qui ont perdu leur vie pour la bonne cause, il rappelle aux autres leurs devoirs. Le même phénomène réapparaît dans « D’un seul poème entre la vie et la mort » : As-tu bien vu ton semblable Comme il profite de tout Il a la tête brillante Il a la tête enflammée Sous un masque de soleil Sous un doux masque d’or double Ses yeux sont des roses chaudes Car ton semblable a bon cœur Il t’a montré le chemin Vers la grille et vers la clé Vers la porte à dépasser Vers la femme et tes enfants Vers la place des visages Il te rend la liberté Mais je rêve et j’en ai honte L’on va t’imposer la mort La mort légère et puante Qui ne répond qu’à la mort Tout va d’un lieu grondant de vie vers le désert La source de ton sang s’atténue disparaît Nos ennemis ont besoin de tuer Ils ont besoin d’être nos ennemis Il n’y a rien d’essentiel à détruire Qu’un homme après un homme Il n’y a rien d’essentiel à créer Que la vie tout entière en un seul corps Que le respect de la vie et des morts Qui sont morts pour la vie Comme toi mon semblable Qui n’a rien fait que de haïr la mort. (ARA, 31) Encore une fois, l’un des poèmes de « Au Rendez-vous allemand » est fondé sur une reprise poétique de l’un des incidents de la guerre. Si ses traces sont claires dans le poème, la note le lie à un contexte plus particulier : « Pour un

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