AGAPES FRANCOPHONES 2014

Des irradiations textuelles du chronotope théâtral. Regard spécial sur le théâtre classique de Racine _________________________________________________________________________________________ 75 En ce qui suit nous allons investiguer les suites ou les engagements du chronotope théâtral au niveau du texte ou bien nous allons donner des réponses possibles à la question : le chronotope, qu’est-ce qu’il donne dans le texte ? Le texte dramatique où nous voulons illustrer les irradiations chronotopiques est un chef-d’œuvre racinien, Phèdre , choisi pas par hasard, mais par la conviction que le modèle canonique est répétitif, qu’il a une grande valeur de généralisation, et qu’il est récurent sous les mêmes formes ou sous des formes semblables dans d’autres pièces de théâtre. 2. Des irradiations du chronotope théâtral ou les conséquences textuelles Le chronotope théâtral jalonne le texte dramatique et sa représentation sur la scène, les rend intelligibles et c’est une bonne occasion de comparaison axiologique et morale entre le temps / espace de la pièce et le temps / espace du jeu. Les débouchées textuelles du théâtre de Racine sont repérables au niveau de l’architexte, du supra-texte et du contexte. 2.1. L’Architexte 2 Dans la pièce de Phèdre , en tant que tragédie de l’aveu, l’architexte est donné, selon nous, par les multiples scènes de la confession que les personnages se font l’un à l’autre, à plusieurs reprises et à différents degré d’intensité. Le chronotope a le rôle d’orienter le lecteur dans la multitude des confessions appartenant aux temps différents de l’action dramatique : temps du récit et temps poétiques 3 . Chaque acte de la tragédie Phèdre est comme orienté, tendu vers une scène qui en constitue le moment de grande intensité dramatique. L’aveu est ce moment dans la pièce. Le I er acte culmine avec la scène 3 qui est la scène d’entrée de l’héroïne, c’est-à-dire que le personnage - l’actrice - bénéficie du mouvement de curiosité que le spectateur éprouve à l’égard de la protagoniste qu’il n’a pas encore vue. Cette scène constitue le premier aveu de Phèdre. Observons que cette scène a un contrepoint - en mineur -, un autre aveu (ou demi-aveu) qu’Hippolyte fait à Théramène de son amour illicite pour Aricie. Le II e acte présente une structure également centrée sur l’aveu. Dans la scène 1 ère , comme pour assurer un lien organique avec l’acte précédent, Racine 2 Le préfixe exprime la supériorité hiérarchique. Nous l’employons pour reprendre un terme de Gérard Genette dans Palimpsestes. La littérature au second degré (les chapitres I à XI) où le critique parle de la transtextualité , ayant comme composantes : l'intertextualité (qui suppose la co-présence entre au moins deux textes) ; la paratextualité (titre, avertissements, préfaces, postfaces, notes, etc.) ; la métatextualité (les diverses formes de commentaire) ; l'architextualité (ce sont les désignations génériques qui ne sont pas nécessairement exprimées) ; l'hypertextualité (les relations unissant un texte qui se greffe sur un texte antérieur, que ce soit par transformation ou par imitation). Cette architextualité ou l’architexte n'est qu'un aspect particulièrement voyant d'un phénomène plus général qui concerne l'ensemble des œuvres littéraires. 3 La géométrie temporelle dessinée par Racine dans Phèdre est composée de deux types de temps : le temps présent du récit (l’action qui se déroule sous les yeux du spectateur) et les temps poétiques ( ou la temporalité suggérée dans le texte :les temps passé et futur auxquels les personnages font références. Cette temporalité est illustrée par le passé immédiat, le passé récent, le passé lointain, d’un côté, par l’avenir immédiat et l’avenir lointain, de l’autre côté). Cf. Malita 2013, 577-587.

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