AGAPES FRANCOPHONES 2014
Des irradiations textuelles du chronotope théâtral. Regard spécial sur le théâtre classique de Racine _________________________________________________________________________________________ 77 sommets de l’acte avec l’affrontement de Thésée et d’Hippolyte aboutissant à la condamnation de ce dernier (scène 2) et d’autre part un affrontement symétrique, quoique fantasmatique, celui de Phèdre et de son père, Minos, contraint aux Enfer de s’ériger en juge des crimes de sa fille. Dans le schéma ci- dessous nous voulons illustrer l’enchaînement de ces scènes en ce qui concerne le degré d’intensité et l’implication émotionnelle des personnages. L’acte V e est encadré par les deux protagonistes : Hippolyte qui sort de la scène pour se précipiter vers la mort (scène 1 ère ) et Phèdre qui ne reparaît qu’à l’extrême fin de l’acte : elle ne rentre en scène que pour mourir (scène 7). La présence constante de Thésée en scène (de la scène 2 à la fin de l’acte) assure l’unité organique de ce dernier acte. Deux aveux ponctuent cet acte : celui d’Aricie à Thésée (V, 3) et de Phèdre à Thésée (V, 7). Le premier est une révélation réticente, voilée, puisqu’Aricie est partagée entre urgence et la promesse de secret qu’elle a faite à Hippolyte. Le second, de Phèdre, est dépourvu de toute ambiguïté. Ici encore un autre admirable effet de symétrie : au premier acte, Phèdre mourante proclamait sa volonté de mourir. Au dernier acte, Phèdre revient de nouveau affronter le regard du Soleil et mourir. Entre ces deux moments, l’espace d’une journée : « Je mourais ce matin digne d’être pleurée ; / J’ai suivi tes conseils, je meurs déshonorée. » (Ph, 68) 2.2. Le supra-texte 6 Les bases du chronotope théâtral classique sont les bienséances. Les bienséances définissent un code moral et esthétique qui permet au spectateur de croire au personnage tragique, d’admirer sa dimension héroïque et glorieuse et de participer à ses malheurs. L’auteur doit respecter des bienséances internes (un personnage devra se conduire conformément à ce que l’histoire ou la légende rapportent : dans ce cas les légendes sur Thésée et Phèdre) et des bienséances 6 Élément tiré du latin supra -, « sur, au-dessus », entrant dans la construction de termes savants et didactiques. Dans ce cas nous considérons le supra-texte en tant que structure- souche constante, aplicable et reccurente dans d’autres textes appartenant au même écrivain ou au même genre littéraire. Cette structure se forme à l’aide des renseignements fournis par le chronotope. La mise en place ou l’émergence de cette structure dans ce cas - le théâtre de Racine - est l’un des canons esthétiques du classicisme.
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