AGAPES FRANCOPHONES 2014

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _________________________________________________________________ 78 externes (un personnage devra se conduire conformément à une image que le public du XVII e siècle se fait de la vertu, de l’héroïsme, de la gloire, etc.) Les bienséances externes peuvent entrer en conflit avec les bienséances internes : par exemple, la légende rapporte que Phèdre calomnie Hippolyte par l’entremise d’une lettre. Cela révèle des bienséances internes, mais l’image que le public se fait d’une princesse vertueuse (bienséances externes) contraint Racine à modifier ce scénario afin que la pitié que doit susciter le personnage ne dégénère pas en indignation et en horreur. Il nous est confirmé encore une fois que l’unité de lieu et l’unité de temps obligent le récit à l’engagement d’une action déroulée entre les repères temporo-spatiaux fixés dès le début. Comme Molière, Racine écrit d’abord des rôles destinés à des comédiens dont il connaît précisément les possibilités et les limites : Mlle Du Parc, Mlle Champmeslé, Mlle des Œillets, Mlle de Brie, Montfleury, etc. L’ensemble théorique des rôles qu’un acteur peut interpréter définit son emploi 7 : le quatuor racinien. Le supra-texte dans ce cas est donné par le principe répétitif du quatuor qui à l’époque classique est formé des quatre personnages principaux : deux rôles masculins et deux rôles féminins. Le quatuor apparaît sous sa forme pure chez Racine dans Andromaque, Britannicus et Phèdre . En pratique ce principe ne s’applique pas de façon mécanique, mais chez Racine les écarts ne sont jamais très importants ; on y enregistre cependant d’autres combinaisons du quatuor dans Bérénice (le quatuor devient ici un trio ; deux hommes et une femme), dans Bajazet (ici un autre type de trio : deux femmes et un homme) , dans Mithridate (un quatuor formé des trois hommes et une femme), dans Iphigénie (le quatuor devient un quintette). 2.2.1.Les fonctions dramatiques du quatuor Examinons la structure théorique du quatuor racinien : il rassemble les quatre emplois fondamentaux : le roi, la reine, l’amoureux et l’amoureuse. Nous soulignons ici que ces notions décrivent des notions dramatiques, non pas des positions sociales ou des situations psychologiques. Ils se retrouvent comme structures au-delà du texte, comme supra-texte. Par conséquant, le roi ou la reine sont des personnages qui détiennent la toute-puissance politique, ce qui n’exclut pas qu’ils éprouvent une violente passion amoureuse 8 . À l’inverse, l’emploi d’amoureux ou d’amoureuse correspond à une situation d’impuissance politique partielle ou totale, ce qui n’exclut pas que l’amoureux soit un personnage royal. 7 Dans la tradition théâtrale française, les différents rôles du répertoire sont classés selon des critères de ressemblance. Ce classement permet de définir un certain nombre d’emplois. Il permet également une répartition correspondante des comédiens en fonction de leurs particularités et de leurs possibilités : physique, voix, etc. Ainsi tel acteur, souple, bondissant, gouailleur, etc. se verra-t-il attribuer l’emploi de valet, c’est-à- dire qu’il pourra être appelé à jouer le Scapin de Molière ( Les Fourberies de Scapin ), l’Arlequin de Marivaux ( Le Jeu de l’Amour et du Hasard ), le Figaro de Beaumarchais ( Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro ), etc. Dans la tragédie les deux principaux emplois sont ceux de roi (ou de reine) et d’amoureux (ou d’amoureuse). 8 Tout comme Roxane dans Bajazet , Titus dans Bérénice , Pyrrhus dans Andromaque .

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=