AGAPES FRANCOPHONES 2014

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _________________________________________________________________ 80 d’Hippolyte ressemblent fort à des tentatives de fuite. D’ailleurs pour l’amoureux, l’action se révèle rapidement illusoire 13 : Hippolyte se résout trop tard à s’enfuir avec Aricie (V, 1). Trop souvent, la seule issue pour l’amoureux, serait la révolte et le meurtre du tyran. Dans Phèdre , pour épouser Aricie, Hippolyte devrait passer outre à la loi paternelle qui interdit à la fille des Pallantides de prendre mari 14 . Le quatuor, le supra-texte de la pièce, est rigoureusement orienté par les bienséances ; celles-ci sont étroitement liées au chronotope au-delà duquel la cohésion des événements (l’unité de l’action) n’est pas possible. 2.3. Le contexte de Phèdre : le jeu à masque ou l'enjeu des jeux politiques Ce qui constitue le personnage héroïque c’est la gloire 15 . L’éclat glorieux fait de l’homme un héros, c’est-à-dire un être lumineux qui attire sur lui tous les regards et l’admiration. En ce sens, le contraire de la gloire c’est l’obscurité. Dépouillé de sa gloire, le héros est du même coup dépouillé de ce qui constitue son essence. Il n’est plus qu’un objet mat, terne dont les regards se détournent. Privé d’admiration, l’être héroïque est, à la lettre, anéanti : il n’a plus d’existence à ses propres yeux. Il faut avoir présente à l’esprit cette complexe idéologie de la gloire pour comprendre le sens de la thématique solaire au XVII e siècle : les fêtes de lumière à Versailles, Louis XIV s’exhibant en personnage solaire, etc. La dimension politique et l’arrière-plan de la tragédie conditionnent le chronotope dramatique, donc les possibilités littéraires de l’écrivain. S’il est vrai qu’aujourd’hui le spectateur ressent d’abord la violence d’un tragique de la passion ou l’intensité d’une interrogation métaphysique sur la destinée, le public du XVII e siècle était sans doute plus sensible que nous à une dimension qui contribuait à la pompe de la tragédie : la dimension politique. Les affaires de succession touchent de près une aristocratie qui se perpétue non seulement par la transmission du patrimoine, mais par celle du titre. D’autre part, l’actualité politique du temps se nourrit d’affaire de ce genre : Henri IV, le grand-père de Louis XIV, a hérité de la couronne de France, non sans difficultés, après la mort, sans héritier direct, de son cousin, Henri III, le dernier des Valois. En 1667 commence la guerre de Dévolution avec l’Espagne ; en 1688 Guillaume d’Orange accède au trône d’Angleterre ; en 1702 c’est la guerre de Succession d’Espagne. À 13 Le meurtre de Pyrrhus ne permet nullement à Oreste de dénouer à son profit l’imbroglio passionnel d’ Andromaque . Pour épouser Junie, Britannicus devrait éliminer Néron, mais c’est Néron qui empoisonne Britannicus. Pour épouser Monime, Xipharès devrait éliminer son propre père, Mithridate. 14 Il y a ici une subtile problématique sous-jacente : Thésée « défend de donner des neveux à ses frères » (I, 1). Dans ce cas particulier, ces neveux seraient aussi les petits-fils de Thésée, ce qui changerait tout. C’est pour cette raison que le roi conclut que « l’artifice est grossier. Tu te feins criminel pour te justifier. » (IV, 2) 15 La gloire est la règle du conflit tragique classiciste et l’une des valeurs fondamentales de l’univers héroïco-tragique et reflète l’idéologie aristocratique du XVII e siècle. La gloire est un éclat constitutif de l’être héroïque; cet éclat doit se conquérir, il peut s’accroitre ou se perdre. La gloire est essentielle au héros, mais en meme temps, elle peut s’opposer, paradoxalement, au bonheur du héros, notamment lorsqu’elle entre en conflit avec son amour. Par exemple chez Corneille dans Le Cid , Rodrigue ou dans Polyeucte , Pauline; ou bien chez Racine dans la pièce Bérénic e, Titus.

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