AGAPES FRANCOPHONES 2014

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _________________________________________________________________ 82 ennemie : « Unissez-vous tous deux [Phèdre et Hippolyte] pour combattre Aricie. » (Ph, 38) Au XVII e siècle le rôle primordial du Roi était d’assurer les affaires étrangères du royaume et d’être vigilent sur le contexte politique changeant de l’Europe et des terres conquises, tandis que le Cardinal - le Premier Ministre de nos jours - contrôlait en principal l’échiquier politique interne. Dans l’acte V e , scène 1 ère Racine renvoie à l’enjeu des alliances externes ou étrangères que Louis XIV conçoit dans son but de revendiquer les Pays-Bas et l’Espagne. De même Hippolyte et Aricie évoquent Argos et Sparte en tant qu’amis politiques qui auraient pu leur porter appui afin de revendiquer le trône de Thésée, même si le Roi a un héritier direct - le fils de Phèdre : « De puissants défenseurs prendront notre querelle ; / Argos nous tend les bras, et Sparte nous appelle : / À nos amis communs portons nos justes cris ; / Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris, / Du trône paternel nous chasse l’un et l’autre, / Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre. » (Ph, 99) 3. Conclusion Boileau dans son Art poétique (1674), chant III e , dit que : « Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable : / Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. / Une merveille absurde est pour moi sans appas : / L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne croit pas. » Ces vers pourraient être une définition indirecte de la vraisemblance dont le chronotope se fait le principal porteur. Le spectateur doit croire à l’action qui lui est montrée. D’où la nécessité d’éliminer tout ce qui peut paraître incroyable, invraisemblable au spectateur du XVII e siècle comme à celui de nos jours, même si la légende ou l’histoire en garantissent la vérité. Dans la Préface à Bérénice , Racine fait un plaidoyer pour la même vraisemblance retrouvable ici dans la formule « la principale règle de plaire » : Il n’y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. […] Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d’invention. Ils ne songent pas qu’au contraire toute invention consiste à faire quelque chose de rien, et que tout ce grand nombre d’incidents a toujours été le refuge des poètes qui ne sentaient dans leur génie ni assez d’abondance ni assez de force pour attacher durant cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments et de l’élégance de l’expression. […] Que veulent-ils davantage ? La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. (Racine, Préface à Bérénice , 1670) Ainsi le merveilleux, le surnaturel ne seront-ils pas montrés, mais tout au plus évoqués avec toute sorte de précautions (par exemple l’apparition du monstre marin évoqué dans le V e acte, scène 6, faite par Théramène qui raconte la mort d’Hippolyte : il prétend que le Ciel, la Terre et l’Air aient tous vu le monstre sauvage, mais lui, comme homme, ne l’a pas vu, seulement entendu). Le chronotope dramatique assure la vraisemblance du texte et a des conséquences directes ou indirectes au niveau de l’architexte, du supra-texte et du contexte. Au niveau de l’architexte il influence la construction « de l’ossature » et des épisodes-clés de la pièce - dans ce cas, les multiples scènes

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