AGAPES FRANCOPHONES 2014

Ioana MARCU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _________________________________________________________________ 86 En 1983, Mehdi Charef, fils d’ouvriers algériens, arrivé en France à l’âge de 10 ans, ayant vécu dans des cités de transit et des bidonvilles de la région parisienne, publie son premier roman, Le Thé au harem d’Archi Ahmed , aux éditions Mercure de France. Il marque ainsi la naissance d’une littérature inattendue , déroutante, produite dans l’immigration par des produits de l’immigration , ayant reçu à ses débuts l’étiquette « beur » 2 . D’autres écrivains l’ont suivi, plus ou moins connus, plus ou moins appréciés, comme Azouz Begag, Akli Tadjer, Nini Soraya, Ferrudja Kessas, Rachid Djaïdani, Faïza Guène, Habiba Mahany, Mabrouk Rachedi, Malika Madi 3 , etc. En 2007, le collectif Qui fait la France ? 4 , regroupant plusieurs artistes issus pour la plupart des « territoires oubliés par la République » (Razane 2007), publie un manifeste où les membres proclament leur crédo artistique : « une littérature au miroir, réaliste et démocratique, réfléchissant la société et ses imaginaires en son entier » ( Qui fait la France ? 2007, 10) et une écriture libératrice faite dans une langue libérée . En janvier 2014, Faïza Guène, celle qui « a su incarner, plus que toute autre, une certaine littérature française du bitume » (Artus 2014), fait « un retour tout en maturité » (Artus 2014), en publiant son quatrième roman, Un homme, ça ne pleure pas , aux éditions Fayard 5 , « validant tout ce qu’[elle] avait écrit auparavant, ne souffrant d’aucun complexe. Une plume à même de séduire les jeunes qui cherchent une porte d’entrée pour la vraie littérature, comme, disons-le avec la force que cela mérite, les accros du style et les passionnés de l’Histoire » (Artus 2014). Mustapha Harzoune, un spécialiste de la littérature issue de l’immigration, met en évidence, dans une note de lecture, les traits dominants de ce roman : Si quelques rares flottements ou répétitions ralentissent le récit, le style lui ne faiblit pas : distance, dérision, humour, fausse légèreté pour rendre des situations difficiles, traduire des émotions fortes. L’écriture, de plus en plus maîtrisée, porte ce qu’il faut de « modernité » langagière : expressions arabes, verlan, importance (et maitrise) des dialogues, introduction d’un 2 Cette datation ne fait pas l’unanimité. Certains critiques, dont nous citons Alec Hargreaves, considèrent que le « premier roman beur » appartient à Hocine Touabti (2000, 56). Celui-ci publie en 1981, aux éditions Belfond, le roman L’Amour quand même qui passe inaperçu. D’autres fixent la date de la naissance de la littérature beur en 1977, année de la sortie du roman Corps en Pièces de Zoulikha Boukortt (Albert 2005, 50). 3 Née en Belgique de parents immigrés d’origine algérienne, Malika Madi est également rangée à côté des auteurs « intrangers ». 4 Les membres du Collectif sont : Dembo Goumane (scénariste, écrivain et comédien), Mabrouck Rachedi (écrivain, éditorialiste, scénariste, le premier écrivain français à être sélectionné pour l’International Writers Workshop à Hong Kong et en Chine), Jean Eric Boulin (écrivain), Samir Ouazène (écrivain), Habiba Mahany (écrivaine), Khalid El Bahji (rappeur, écrivain), Thomte Ryam (ancien footballeur, écrivain), Karim Amellal (écrivain, enseignant), Faïza Guène (écrivaine, scénariste, réalisatrice, la plus connue des membres du Collectif, son œuvre étant traduite dans plus de 26 langues, y compris le roumain), Mohamed Razane (écrivain, comédien, metteur en scène et scénariste). 5 Née à Bobigny, dans la banlieue nord de Paris, de parents algériens immigrés, Faïza Guène publie son premier roman Kiffe Kiffe demain en 2004. Il sera l’une des meilleures ventes de l’année. Deux autres romans paraîtrons : Du rêve pour les oufs , en 2006, respectivement Les gens du Balto , en 2008.

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